Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

S'il me fallait choisir...!

A Moussa, à Jack, aux Migrants, aux Exilés naufragés de notre république... qui ne raconteront pas leur histoire à Valls ou à Cazeneuve

Ciotti, Estrosi reçoivent la visite de Valls et Cazeneuve, à la frontière... La police et ses contrôles sont renforcés : Tout le monde est content 


Je suis parti soudain
j’ai quitté mon pays
où l’on calme nos faims
en nous donnant de la bouillie

J’ai donné mille euros
à des gens inconnus
« Vous serez des héros »
ont dit, les convaincants tordus.

Arrivé en Libye
vite récupéré
j’ai vécu et subi
plus que l’horreur exaspérée.

Nous étions environ
mille à être parqués
groupe armé en faction
sans jamais rien nous expliquer.

Ils nous ont pris nos sacs
nos papiers, notre argent
insensé bivouac
promis à un départ urgent.

Des femmes sont violées
immoral abattage
dignité immolée
trop cher tarif pour le passage

Et soudain une nuit
sont partis en silence
deux cents, loin de l’ennui
rêveurs de survie et de chance.

Pour moi, la nuit suivante
au signal d’un départ
j’ai couru, fièvre ardente
jusqu’à la rive du hasard.

Ils nous ont entassés
sur un petit rafiot
pas loin de trépasser
chargé comme un trop vieux chariot.

Nous étions plus de cent
sur l’infime coquille
esquif des inconscients
mer suicidaire de brindilles.

Au bout de quelques heures
nous faisions du sur-place
la panne du moteur
et chacun de nous comme glace.

Au matin les passeurs
viraient par dessus bord
trois des nôtres, rêveurs
qui ont déjà atteint le port.

Plusieurs enfants qui pleurent
et les violeurs les menaçant
Tant pis pour ceux qui meurent
et requiem pour les absents.

Nuage à l’horizon
le ciel est noir de peur
la tempête a raison
de l’audace des fossoyeurs.

La barque est secouée
dix de nous sont noyés
ni gilet ni bouée
pour vains efforts pagayés.

J’ai résisté quatre heures
sur les vagues glacées
les flots, les cris, la peur,
hypothétique traversée !

Quand le calme revint
nous avons aperçu
un bateau italien
douaniers sauveurs et bienvenus !

Lampedusa bénie
qui supporte elle seule
une Europe au déni
qui se défausse en coups de gueules.

Médecins bénévoles
policiers débordés
gymnases et écoles
pour mille hordes encordées

questions, bureaux, brigade
les gens qui nous accueillent
nous paraissent malades
de papiers- dossiers-mille-feuilles.

Et puis un jour enfin
les grilles sont ouvertes
commencement ou fin
de tant de libertés offertes.

Allant de-ci de-là
évitant les barrières
camions et trains sont là
c’est le défi à leurs frontières.

Garavan la rebelle
et Menton salvatrice
les migrants, à la pelle
sont ramassés par la police.

Petits boulots au noir
et sandwich plat de riz
police échappatoire
et dégringolade à Paris

Je croyais arriver
au bout de l’éboulis
pouvoir enfin trouver
un vrai travail et un vrai lit

Mes documents papier
mon acte de naissance
ils s’en sont bien méfié
garde à vue et méconnaissance

Policiers trop nerveux
qui m’imposent des tests
en examens osseux
machine et scanner qu’on déteste

Aujourd’hui ils m’ont dit
que j’avais dix huit ans
le juge avait écrit
seize et demi , alors qui ment ?

La machine traîtresse
est-elle bien fiable ?
sorcière enchanteresse
qui fait de vous un expulsable

Alors n’allez pas croire
les élus omni-sience
ignorant notre histoire
pour se donner bonne conscience

Je ne sais même plus
qui je suis, où je vais
marchandise en surplus
dans leur grand placard à balais.

Et s’il fallait choisir
en survie éphémère
j’aimerais mieux m’offrir
au silence du fond des mers.

Serge Cuenot – Nice - 16 mai 2015

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