Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Le cimetière marin

3600 migrants récupérés, seulement durant ce dernier week-end, au large des côtes de Libye


Deux mille quatre cents, un jour, sauvés des eaux
neuf cents noyés hier, qui rêvaient de l’Europe...
Un commerce mondial en sadique réseau
désinvolte saisie et suicidaire écope

Sacrifice des sacrifiés jusqu’au massacre :
la Méditerranée écume nos déchets
les restes trop gênants à qui l’on ne consacre
que Triton suspicieux, européen hochet

Frontex n’est jamais là, son siège est en Pologne :
les vagues sont trop loin de la slave attitude
cimetière marin qui gâche la besogne
urgence humanitaire en secours turpitude

On parle d’un « berceau de civilisation » ?
« mare nostrum » tombé bien bas dans l’inconscience
la honte de l’Europe en décomposition
n’étouffe pas nos Grands qui cherchent de l’audience

« Trop forte altérité, trop soudain tsunami »
martèlent les discours en leur vision comptable
« danger sécuritaire, encombrant ennemi »
les autres sont fardeau, asile inacceptable

Estrosi et Le Pen entretiennent la peur
ils nous parlent de « guerre »... un « nouveau terrorisme » ?
les exilés sont-ils des loups envahisseurs
modernes prédateurs de nos provincialismes ?

Comme un « reste gênant » des marchés compulsifs
arrivent les damnés du pouvoir mortifère
ils ont fui le chaos de nos dispositifs
la Libye, la Syrie, l’Irak de nos enfers

Les cadavres sans nom, les déchets qui s’entassent
« inutiles surplus », lamentables déboires
stratégie de l’échec, politique en impasse...
qui osera crier au scandale notoire ?

« Heureux qui comme Ulysse » échappé du naufrage
retrouve une maison... mais le rêve est tragique
séduisante est la mer pour la fin du voyage
préfèrent-ils la mort à l’enfer des Tropiques ?

Trop intérieure mer, la calme et grande bleue
ne peut plus s’enfermer, impassible et altière :
exils et migrations nous brûlent comme un feu
qui enflamme les flots et lèche nos frontières

Jonas et sa baleine débarqueront encore
dégorgeant leur trop-plein de peine et de misère
nos cœurs au littoral qui s’enferme et qui dort
sont loin de ce repos que l’égoïsme enserre

« Cimetière marin », prépare encore, ouvertes,
les tombes de l’exil, résultats lamentables
causés par les nations en inconscience inerte
dont le but est d’AVOIR... désir inavouable !

Tempête insupportable en lames qui élaguent
émoussant l’empathie au regard pèlerin :
il faut plus qu’une loi pour apaiser les vagues
et soustraire sa proie au « cimetièr’ marin »  !

Serge Cuenot – Nice – 3 mai 2015

Contact Hébergeur : OVH © Missionnaires oblats de Marie Immaculée - Province de France - 2013