

Et tu as commencé à t’intéresser à la mission oblate au Nord Cameroun ! Qu’as-tu découvert précisément ?
Au commencement, c’était la mission en général, le Grand-Nord canadien, les Oblats spécialistes des missions difficiles... Par la suite, les documents parlaient du Nord-Cameroun comme un des grands défis oblats. J’ai pris connaissance de l’œuvre de Mgr Plumey, de la première équipe qu’il avait conduite au Nord-Cameroun, de tous ceux qui ont suivi par la suite. Cela m’a encouragé à essayer d’en connaître davantage.
C’est comme ça qu’en 2000, j’ai été admis au pré-noviciat à Mokolo Tada, le commencement de la formation oblate. Pour moi, ça a été une grande expérience de dépaysement. Je venais de l’Ouest camerounais, un endroit toujours verdoyant. Le Nord, c’était un tout autre paysage ! Donc, il y avait déjà ce premier dépaysement. En second lieu, il y a eu l’expérience de la communauté. Elle était internationale, avec le frère Emile Louis, un français, avec le curé, un oblat polonais, et avec des pré-novices Camerounais, Tchadiens et Nigérians ! Au terme de l’année, j’ai été à Ngaoundéré pour le noviciat.
Intérieurement, en toi-même, comment s’est traduit le « dépaysement » ?
Comme je le soulignais, il y avait d’abord cette dimension physique, le climat. Les schémas que j’avais quand je parlais du Cameroun, c’était ce que j’avais toujours vécu au niveau du grand-Sud ! Le Nord en tant que tel… je n’avais pas l’habitude de voir le Cameroun sous cet angle-là. En découvrant cette autre dimension, j’ai senti intérieurement que j’étais invité à abandonner ce que j’avais toujours connu, ce que j’avais toujours vécu, pour m’ouvrir à autre chose.
Et ça, ça déclenchait en toi plutôt de la joie ou de la peur ?
En fait, quelque part, plutôt une certaine angoisse. Elle m’a accompagné jusqu’à mes études de philosophie à Yaoundé. Je m’interrogeais sur la mission : qu’est-ce que je pourrais faire dans ce domaine ? C’est cela qui m’accompagnait. Me dire que tout ce que j’ai connu, il faut que je le laisse pour autre chose… !
Hormis cette angoisse en arrière-fond, l’expérience du noviciat s’est passée pour moi, je peux dire, tranquillement. L’année s’est déroulée avec tout ce qu’on a vécu : l’approfondissement de l’histoire de la congrégation, des Constitutions et Règles. Cet apprentissage, je l’ai vécu très calmement.
Comment résumerais-tu ce que tu as découvert à ce moment-là ?
C’était un peu comme une école de confiance. Avec l’angoisse qui était derrière, je me suis remis entre les mains du Seigneur, en me disant : « Bon ! si j’entreprends cette démarche maintenant, c’est qu’il y a cet appel depuis déjà, comme je disais, la démarche de réappropriation personnelle de la foi ». Je me suis dit que si cela s’était fait, c’est que la voix du Seigneur se traduisait dans l’événement et dans les rencontres, qui essayait de dire : « Voilà, avance sur ce chemin ! » Je résumerais les choses ainsi, cette remise entre les mains du Seigneur en disant : « C’est vrai que j’apporte ma réponse, mais il y a cet appel qui, quelque part, se dessine au quotidien de mon existence. »
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