

Depuis 19 ans, Bernard Wirth, omi, enseignant à l'université de Bangkok, organise un voyage annuel de quatre semaines en France avec une quinzaine d'étudiants et étudiantes thaïs. Cette année, le séjour se déroulait du 7 avril au 5 mai. Nous revenons sur leur semaine parisienne :

Trouver des familles pouvant accueillir une étudiante durant une semaine et prête à passer les trois jours du pont du 1er mai avec elle en famille... et tout cela pour 15 étudiantes ; gérer l'arrivée, le départ... Tout cela n'est pas une mince affaire, d'autant plus que vous travaillez tous les deux et que vous avez trois enfants (Théo, 12 ans ; Maëlle, 10 ans, et Emy, 6 ans) ! Bref, on devine que vous ne manquez pas d'occupation. Qu'est-ce qui vous a motivé à prendre cela en main ?
Quand on voit le plaisir des enfants à partager avec Beer, l'étudiante qui a logé chez nous...! Au fond, pour nos enfants, c'est une manière de voyager, même si pour l'instant, on n'a pas fait de très longs séjours à l'étranger ! Il faut dire que l'an passé, nous avions déjà accueilli une étudiante. C'était la première fois et on ne savait pas comment ça allait se passer. Mais c'est vrai que pour nos enfants, cela s'était très bien passé, à tel point qu'ils ont continué à échanger avec elle par courrier ou par email durant toute l'année. Ils ont prolongé le contact, chacun à sa manière et selon son âge. Chacun a trouvé son mode de relation, chacun y a trouvé son compte. Cela a certainement été le déclic pour renouveler l'expérience cette année !
Il faut dire que le fait d'avoir des enfants aide énormément à « briser la glace », et pour les étudiantes thaïes, et pour les adultes accueillant. Les enfants brisent vite la retenue des uns et des autres. Chez nous, c'est Emy qui s'en est chargé, du haut de ses 6 ans... Elle a commencé à raconter sa vie...
De même, nous nous sommes retrouvés à deux ou trois familles pour faire une sortie commune. Trois familles, quasiment 18 personnes en sortie de journée... Cela a mis une impulsion, notamment pour la visite du château. Pourtant nous n'avions jamais rien fait ensemble.
L'an passé, nous avions été recruté comme famille d'accueil par Dominique, au dernier moment. Cette année, Dominique est partie en Suisse... La personne presentie pour la remplacer a décliné l'offre. Devant notre enthousiasme de l'an passé, on nous a proposé et je n'ai pas voulu refuser. L'expérience avait été tellement riche. Pour les enfants, cela donne une dimension palpable d'un étranger qui n'a pas la même culture.
Ce n'est pas évident de dire à un enfant de cinq ans où est la Thaïlande, et comment on y vit...! Là, en discutant avec Beer, nos enfants découvrent le quotidien de la vie en Thaïlande. Et puis, c'est toujours intéressant d'arriver à partager. Hier, préparer le repas thaï tous ensemble a été une vraie fête. Emy est restée toute seule avec trois étudiantes thaïe. C'est un âge où on est encore beaucoup dans le mimétisme. Elle était ravie d'éplucher les crevettes pour la soupe thaïe.
C'est difficile de se livrer, selon la personnalité. Il faut savoir trouver les distances. Ne pas forcer. Mais je pense qu'on arrive très bien à voir sans gêner l'autre.
Cette année, oui ! Il nous fallait quinze familles. Le listing passé comportait plus de quarante noms, mais avec le pont du 1er mai, beaucoup de familles étaient prises. Par contre, nous avons été un peu déçus par le fait que beaucoup de personnes n'ont pas répondu aux emails ou au courrier. Mais bon, chacun a sa vie, ses obligations...
Non, pas tellement. Par contre, beaucoup sur l'école et sur la paroisse Ste Marguerite ! Certaines familles sont des habituées de l'accueil. Il y a déjà des familles qui ont demandé pour l'an prochain...
Du coup, on a le projet d'un voyage là-bas ! Mais à cinq, c'est un gros budget. On va attendre qu'Emy grandisse un peu, elle en profitera davantage. Mais c'est clair que cela donne de plus en plus envie !Bernard Wirth, omi, enseignant à l'université de Bangkok, est à l'origine de ces séjours. Il en situe l'historique
Quel était le projet au départ ?
C'est assez simple. Tout à commencé avec le projet oblat d'un « Voyage pas comme les autres ». Les Oblats proposaient à des Français de partir à la découverte d’un pays, d’une culture et d’une Eglies, en l’occurrence, la Thaïlande. C'était en 1990.
Ils sont partis, une vingtaine de jeunes français, accueillis en partie par les étudiants de Bangkok avec qui je travaille. Et c’est ce groupe qui a mis en place l’échange. Ils se sont dit qu'à leur tout, ils étaient prêts à accueillir les étudiants thaïs en France.
Le but était vraiment un échange interculturel. Pour les Thaïs, puisque ce sont essentiellement des étudiants de la langue française, qui font de la littérature et de la civilisation, il s'agissait de voir, à travers un contact avec des familles, la réalité des choses qu'ils apprennent dans les livres !
…Puisque toi, tu es prof à la faculté !
Oui, ce sont mes étudiants, généralement les jeunes d'une même année, la 3ème, pour faciliter la préparation et pour leur redonner du courage pour continuer la 4ème année. Ils sont alors plus motivés... Avec aussi une autre préoccupation, car il y a là une expérience de groupe intéressante, et avec ce qu'ils découvrent, cela leur donne une ouverture assez appréciable sur autre chose que le petit monde de la Thaïlande
Comment le voyage a-t-il évolué au fil des années ?
Au début, pour ce qui concerne du voyage des Thaïs en France, il s'agissait d'un accueil essentiellement dans des communautés oblates (Strasbourg, Lorient, Lyon) avec une petit séjour d’un week-end dans des familles. Mais très vite, nous nous sommes rendus compte que ce qui les marquait le plus venait de ces deux jours avec des familles. Du coup, on a fait trois jours. Puis il y a eu des problèmes financiers. Comme des familles nous disaient : « Mais pourquoi ne venez-vous pas toute la semaine ? On est prêt à vous accueillir ! », alors, on a foncé. Tout d’abord, on a mis deux étudiants par famille, mais ce n’était pas une bonne idée car ils avaient tendance à rester entre eux. Maintenant, on essaie de trouver une famille par étudiant !
On a également gardé le système de quatre régions d’accueil, une par semaine. Et les régions ont varié. On est toujours resté dans la région parisienne, tout Eiffel oblige ! Il y a des références culturelles importantes. La deuxième région importante, c'est la Bretagne, Lorient, avec une association pour nous accueillir. Et la troisième région est l'Alsace.
Au total, cela fait 19 voyages !
Tu as des échos d'anciens étudiants ?
Oui ! Et même plus. Des liens se sont créés avec des familles françaises. Il y a eu des mariages...
Qu'est-ce qui motive des étudiants Thaï à apprendre le français ?Là aussi, cela a beaucoup changé. Autrefois, il y avait beaucoup la possibilité d'utiliser le français pour un travail, de secrétaire, de traduction, guide, hôtellerie. Il ne fallait pas que le français, il y avait également l'anglais, mais le français restait un atout important pour avoir un travail. Et dans l'ensemble les étudiants ont rarement eu du mal à trouver. Mais les choses ont changé. Une boîte comme Michelin nous avertit qu'ils ont besoin d'étudiantes, non pas qui connaissent le français, mais qui connaissent l'anglais. C'est ce qui sera utile dans leur travail ! Et puis, ces dernières années, c'est le Chinois, le Japonais et le Coréen. Donc ils préfèrent de loin prendre quelqu'un qui prend une de ces langues en majeur, et qui est fort en anglais. Toute la correspondance est maintenant dans ces langues. Le français est en train de se casser la figure. Cela reste un peu pour le tourisme...
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