
1789, le mois de juillet fut plutôt ensoleillé en Provence ! En quelques semaines pourtant, « luxe, calme et volupté » firent place à une tempête contre laquelle rien ne résisterait. A Paris, on prenait la Bastille, tandis qu'en Provence, les esprits échauffés faisaient régner la peur.
Eugène avait sept ans. Les amis de son père étaient montrés du doigt, pourchassés, lynchés, parfois pendus sous les fenêtres du gamin. Monsieur de Mazenod ne dut son salut qu'à une fuite précipitée en direction de Nice.
La famille le rejoignit pour quelques semaines, le temps que les têtes retrouvent leurs esprits... Eugène ne remettrait les pieds sur le sol français que onze ans plus tard, après être passé par Turin, Venise, Naples et Palerme !
Faut-il raconter onze années d'exil ? Les images des interminables cohortes d'exilés-réfugiés-sans-papiers d'aujourd'hui suffisent amplement à évoquer le drame du jeune Eugène d'alors :
- Exil doré dans les milieux nobles réfugiés à Turin ;
- Exil à l'éclat palissant du côté de Venise quand le papa, ruiné, se lança dans de douteuses entreprises de contrebande ;
- Exil assombri quand la maman rentra au bercail provençal récupérer les biens de la famille et mettre à profit - le sien - la toute nouvelle loi sur le divorce ! De fait, la citoyenne Joannis récupéra les biens, laissant les dettes à son « ex » désormais condamné à l'exil pour encore 25 ans !
- Exil franchement lugubre dans le taudis insalubre d'une sombre banlieue napolitaine.
- Exil enivrant en Sicile où mis sous la protection d'une amie de la famille, le jeune adolescent put à nouveau mettre en œuvre ses capacités rutilantes à la cour royale de Palerme.
Non, décidément, rien ne prédisposait le jeune Eugène a être un jour déclaré « saint »!