Lettre à Benoît XVI

par Luc Côme, omi      

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Bonsoir Très Saint Père,

Je suis prêtre et aumônier de prison en France.

Je souhaite vous exprimer ma souffrance, et celle d'amis chrétiens qui m'ont écrit leur révolte, à la lecture d'un article du journal français La Croix, du lundi 9 mars 2009, en page 11: "Un évêque brésilien excommunie la mère d'une fillette de 9 ans ayant avorté." L'article précise que le cardinal Giovanni Battista Re a apporté son soutien à la décision, qui toucherait également "l'équipe médicale". Cette excommunication est justifiée, par Mgr José Cardoso Sobrinho, au nom de "la loi de Dieu (qui) est supérieure à toute loi humaine." Je suppose que la "loi de Dieu" est ici la "loi morale naturelle" que des théologiens remettent au jour aujourd'hui. Je ne suis qu'un simple prêtre, mais je dois avouer que j'ai quelques doutes sérieux au sujet de l'existence d'une telle "loi naturelle" et de toute prétention à l'absolutisation de ce qui, somme toute, n'est qu'une affirmation humaine.

Je me demande, Très Saint Père, si vous approuvez aussi cette décision de l'archevêque de Récife.

Je me demande si cette excommunication n'est pas une folie et contraire à ce que vous disiez à Ratisbonne: "ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu". Je crois que c'est une folie, et voici pourquoi:

Une folie,

mais une folie encore contre l'évangile d'agapè, de charité, de compassion, de justice, que nous annonçons là où nous sommes envoyés par notre évêque et nos supérieurs religieux. Comment peut-on oser ajouter la souffrance supplémentaire d'une exclusion à une enfant, à une mère, et à des médecins dont chacun sait qu'ils ne réalisent jamais de gaîté de coeur un avortement?

 

Je souffre, Très Saint Père, de ce qui me paraît être un retour à l'encyclique "Mira vos", de votre prédécesseur Grégoire XVI, en 1832, qui tenait la liberté de conscience pour une "maxime fausse et absurde ou plutôt un délire." La mère et les médecins ont agi en conscience, pourquoi en douterait-on ?

Je souffre, Très Saint Père, d'un acte d'autorité qui, au lieu de "augmenter l'autre" comme le suggère l'étymologie, le réduit à rien.

Je souffre, Très Saint Père, de ne pouvoir, concernant cette excommunication, suivre la treizième règle des Exercices Spirituels de St Ignace de Loyola, sous le numéro 365, et qui voudrait que nous déclarions noir ce que nous voyons blanc sous prétexte que l'Eglise le définirait noir.

Je souffre, Très Saint Père, de ne pas aimer assez pour souffrir ce qu'endurent ceux que cette excommunication a touchés, ce que cette mère et cette enfant, ainsi que sa soeur ont enduré pendant trois ans.


Voilà, Très Saint Père, ce que je voulais vous dire ce soir.

Ma prière serait qu'un peu de vrai amour soit dit et montré par vous à ces victimes du mal, qui est aussi le nôtre comme est aussi nôtre notre capacité à aimer, puisque nous sommes tous de la même humanité et de la même communauté christique. Pourrais-je dire à ceux qui m'ont écrit leur colère et leur désarroi que ma prière est exaucée ?

 

Père Luc Côme, OMI

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