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Tchy, tu vas être ordonné prêtre. Les bruits de couloir disent qu’il y aura du monde, et même si je puis me permettre, du « hmong », beaucoup de Hmongs. Pourquoi ?
Je pense que les Hmongs viennent dans le sens qu’ils sont chrétiens. Ça se situe dans la logique de notre vocation baptismale. L’ordination vient pour ceux que Dieu a appelés pour rendre service au peuple. C’est important pour notre jeune communauté chrétienne de se rassembler pour un tel événement ; cela n’arrive tout de même pas très souvent ! Les gens viennent aussi pour m’entourer et pour exprimer leur sympathie, leur amitié, tout simplement.
En quelques mots peux-tu dire l’histoire de ta vocation ?
Je suis un peu étonné si je regarde en arrière ! Dès mon jeune âge, j’aimais bien la Parole de Dieu. Au cours du catéchisme, j’ai appris à connaître Dieu, à découvrir l’importance de sa Parole. Ça me donnait vraiment de la joie, je sentais que j’aimais ça.
Et puis dans mon enfance, il y avait aussi des plus anciens qui allaient au séminaire au Laos pour devenir prêtres. Ce désir habitait aussi mon cœur. Et voilà qu’un jour, alors que j’avais servi la messe, le prêtre oblat de notre village - il vit encore aujourd’hui au Kenya - m’a présenté au supérieur du séminaire, sans me consulter ! Je l’ai appris par les copains qui m’ont dit : « Tiens, tu vas renter au séminaire ? » - « Ah Oui ? Ah bon je ne savais pas ! » Ça a été un début, un signe… ça m’a frappé quoi !
Et puis au fur et à mesure, les parcours sont difficiles. Je suis rentré au séminaire deux ans. A cause des événements du pays, on est parti et je croyais que c’était fini. En France, j’ai été accueilli dans une famille française ; j’ai beaucoup reçu : l’éducation, la scolarité. Puis, j’ai travaillé et voilà, je suis rentré au séminaire d’Orléans deux ans, puis chez les Oblats.
Comment vois-tu ta vocation aujourd’hui ?
Pour une part, je le sais, et pour une autre, c’est mystérieux ! Dieu nous conduit, on le découvre au fur et à mesure ; la foi nous guide et nous fait confiance. Pour la part que je connais, c’est pour vivre la parole de l’Evangile, la transmettre, la communiquer, l’enseigner.
Tu as prononcé tes vœux perpétuels en février 2007. Tu t’es alors engagé vers le sacerdoce. Pourquoi ?
C’est à la fois un côté un peu personnel, mais aussi par rapport à l’Eglise qui appelle des hommes et leur confie une fonction, celle de pouvoir justement rendre présent le Christ, l’actualiser dans l’eucharistie. C’est important que des hommes acceptent de rendre présent le Christ dans la vie, mais aussi pour le peuple, au service du peuple de Dieu. C’est la continuité, la tradition. C’est comme ça, je crois, que les Apôtres ont transmis jusqu’à nos jours.
Prêtre, Oblat de Marie Immaculée ?
Oui, Oblat de Marie Immaculée ! C’est important d’avoir une famille. Bien sûr, dans une famille, il y a le côté « chamaillerie », c’est normal, c’est humain ! Mais aussi, il y a le côté qu’on ne le voit pas, le fait qu’on vive en communauté, à plusieurs. On se soutient, même sans l’exprimer. Je pense que ça compte. Nous ne sommes pas des isolés perfectionnés tout seul dans leur coin. Nous avons besoin les uns des uns des autres. C’est cela, la communauté, qu’on témoigne ensemble, dans la difficulté mais aussi dans la vérité.
Je crois que la plus grande joie… Je suis surpris que Dieu m’ait conduit jusqu’ici et je fais confiance à l’Esprit Saint pour la suite. Quoi qu’il arrive il est toujours avec moi, pour m’accompagner, me guider.
La plus grande joie, bien sûr…je pense à tous ceux qui viendront et à ceux qui ne pourront pas venir. La joie, c’est de partager un moment ensemble, qui n’arrive pas tous les jours. L’ordination, c’est rare, tous les six ans si on suit le rythme ordinaire. Pour ma part, cela fait vingt ans !
Sur le terrain, à quels principaux défis missionnaires t’attends-tu ?
Deux points. Comment faire s’exprimer, comment communiquer, la manière d’être chrétien dans le monde ? Ce n’est pas évident de nos jours, même s’il y a aussi heureusement de très bonnes âmes pieuses qui vivent vraiment l’Evangile ! Ce n’est quand même pas le cas de tout le monde ! Comment exprimer cela, comment communiquer cela à nos frères chrétiens, et transmettre aussi à ceux qui ne sont pas chrétiens ? Je crois qu’il y a là un point.
L’autre, c’est qu’il ne faut pas non plus attendre que je sois superman pour résoudre tous les problèmes. Je vais faire le maximum que je peux pour aider les uns les autres. Mais aussi, que je puisse vivre vraiment comme chrétien avec tout le monde !
Tu aimes bien le silence, le recueillement. Tu n’as pas peur de te faire bouffer par la mission ?
C’est vrai j’ai besoin de calme. Je crois dans la prière et le silence. Je retrouve un esprit, une clarté, je suis un peu plus avec moi-même. Je pense que c’est important d’aménager certains temps. Avec Alexius nous avons fait une retraite de quatre jours. C’était un peu court mais les lieux où l’on se ressource ne sont pas non plus faits pour y rester !
Je pense qu’il faut prendre des précautions, se donner des moyens pour aménager et retrouver des moments de prière. Il ne faut pas se laisser bouffer, ça c’est sûr !
Merci, et bonne route !
Bertrand Evelin
haut de pageSamedi 4 octobre 2008 à Lyon, Antoine et Alexius, deux jeunes missionnaires Oblats, ont poursuivi leur chemin sur la route du service de l’Eglise.
Antoine, diacre depuis quelques mois, a été ordonné prêtre par monseigneur Schockert. Il sera désormais au service de la pastorale des migrants, spécialement détaché pour les communautés hmongs.
Alexius, jeune Oblat nigérian en formation théologique à Lyon, a été ordonné diacre, serviteur en vue du sacerdoce.
Maï est au premier rang de l’église. Assise entre sa maman et sa grand-mère, elle regarde : c’est beau, tous ces mouvements et toutes ces couleurs ! Elle-même, du haut de ses quatre ans, se trouve très très belle, habillée en costume traditionnel hmong. Beaucoup de personnes ont fait comme elle et l’église est remplie de couleurs vives : c’est la fête. Là-bas dans la sacristie, des hommes sont en blanc : des fantômes peut-être ?… à moins qu’ils ne soient des anges ! En tous, cas, ils sont heureux de se retrouver : certains discutent en se faisant de grandes embrassades, d’autres attendent tranquillement. Tiens ! un retardataire… Il se dépêche d’enfiler une aube avant de se faufiler dans la procession qui se met en route…
Tout à l’heure, Chy va devenir l’un d’entre eux ; c’est la maman de Maï qui l’a dit. Lui aussi sera prêtre ; et l’homme qui l’accompagne, un Nigérian, son « frère » - drôle de famille, tout de même - deviendra diacre, serviteur. C’est pour cela que la famille de Maï est là. Ils sont venus les accompagner dans ce beau voyage.
La cérémonie est bien longue pour une petite fille de quatre ans ! Là-haut, autour de l’autel, des ouvements, des gestes, des paroles et des chansons retiennent son attention… pour un temps. Et puis, Maï se met à bailler. Pendant ce temps, à l’appel de son nom, Alexius monte près de l’évêque qui le choisit comme diacre. Chy, déjà diacre depuis quelques mois, le suit. L’évêque le choisit comme prêtre. A ses côtés, Pinkèo, le responsable de la maison de formation oblate, est ému. Peut-être a-t-il dans la tête des images vieilles de vingt ans, quand Chy, lui et quelques autres devenaient ensemble missionnaires oblats, avant que la vie ne les fasse prendre des routes, pour un temps, séparées.
Des paroles se succèdent au micro. Elles parlent de peurs domptées, de disponibilité et de compassion, pour évoquer l’engagement missionnaire de Tchy à l’hôpital St Jean de Dieu. Elles font également mémoire d’un jeune homme de treize ans qui, longtemps auparavant au Laos, faisait déjà preuve de simplicité et de délicatesse. Elles évoquent enfin les pauvres « qui existent pour Dieu et qui sont nos frères ».
Maï s’est endormie. Un peu plus loin sur le banc, Pheng, son petit frère, se débat avec un chapeau bleu à pompons oranges. Lui, les costumes traditionnels… Moins mou, ça aurait fait une belle balle ! Grand-mère repose délicatement, mais résolument, le chapeau sur la tête du gamin, qui l’enlève tout aussi fermement. Grand-mère abandonne… !
Là-haut à l’autel, la célébration se poursuit ; l’évêque lit l’évangile. Au milieu des chapeaux hmongs multicolores, sa mitre paraît bien pâle ! Précédé d’une nuée d’Alléluias et entouré d’une nuée de photographes, il montre le chemin à Alexius et Tchy : eux aussi vont devenir serviteurs de la Parole.
Pendant ce temps, trois gamins hmongs jouent sur le parvis de l’église, sous la garde d’une jeune fille. Les Alléluias parviennent jusqu’à eux mais ils sont trop pris par leur partie de cache-cache entre les voitures pour y être attentifs. La jeune fille, elle, chantonne doucement les Alléluias au bébé qu’elle tient dans les bras. Un peu plus loin, une femme en habit traditionnel – elle est cousine avec Tchy et vient des Etats-Unis - met la main aux derniers préparatifs de la salle. Tout sera beau.
La cérémonie se poursuivit. Alexius, debout, affirme que c’est en toute liberté qu’il dit « oui » à l’appel de l’Eglise ; Tchy de même. Puis, tous deux s’allongent, face contre le sol, pendant que l’assemblée invoque une longue litanie de grands frères et de grandes sœurs dans la foi. Alors, l’évêque impose les mains, d’abord à Alexius qui devient diacre, puis à Tchy qui devient prêtre. Dans le chœur à la suite de l’évêque, les nombreux prêtres, collègues ~ confrères ~ « frères d’armes » de Tchy, lui imposent également les mains tandis que, tout autour, la nuée d’angelots photographiques forme une escadrille et entame un nouvel envol.
Pheng a fini par s’endormir sur son chapeau, mauvaise balle mais bon oreiller ! Quant à Maï, elle joue tranquillement avec sa grand-mère. De l’autre côté, au premier rang, une vieille femme est restée assise. Son mari est à ses côtés, debout. Ils ne lâchent pas Tchy - leur fils - des yeux. Etrange et belle intensité du regard ! On m’a dit que lui fut jadis au Laos, le premier chrétien du village. C’était en 45 ; sa mère n’était pas d’accord car elle avait peur qu’il se fasse manger par les démons. Mais jusqu’à aujourd’hui, dira-t-il un peu plus tard dans la soirée, les démons ne l’ont toujours pas mangé ! Est-il fier de son fils, premier prêtre hmong en France ? Debout, légèrement courbé mais bien campé sur ses jambes, les doigts croisés en prière, son attitude laisse transparaître une tout autre profondeur ! Après la messe, durant la fête traditionnelle hmong, il montera à l’autel, expliquera que désormais, son fils ne s’appelle plus « Tchy » mais « Tchu Voua Tchy » parce qu’aujourd’hui, il est devenu adulte. Et à cet adulte, lui l’ancien donnera un conseil : quand on choisit sa voie, on essaie de tenir le cap et ne pas faire marche arrière !
Et elle ? Assise, elle a maintenant les yeux baissés, méditative. Femme étonnante au parcours étonnant : elle aura mis son fils au monde dans les montagnes du Laos, l’aura élevé en France, terre d’exil ; et aujourd’hui, elle arrive de Guyane pour son ordination, une double ordination hmongo-nigérianne aux couleurs lyonnaises ! Quelles images défilent alors dans sa tête ? La vie réserve tant de surprises… !
"Durant la prière eucharistique, Maï est restée assise. Son petit frère, lui, s’est mis debout. A sa hauteur de petit bonhomme, seul au milieu de géants, il joue avec son chapeau. A l’autel, Yves, le responsable oblat, prie pour l’évêque de Rome, pour celui du diocèse de Lyon et pour l’évêque qui vient de célébrer les deux ordinations. Il prie également pour Alexius et Tchy, pour que la joie et la force du Ressuscité les accompagnent tout au long de leur route. Alors Tchy, pour sa première prière eucharistique, prie pour ses ancêtres et, au moment du baiser de paix, descend en direction de ses parents. Là, à plusieurs reprises, il se prosterne devant eux. La vie est un tel cadeau. Merci !
La fin de la célébration va réserver une surprise à Cu Voua Tchi. L’évêque vient de lui annoncer qu’il est nommé au service de la pastorale des migrants, plus particulièrement auprès des ses frères et sœurs hmongs en remplacement de René Charrier. Deux femmes montent à l’autel et entonnent un chant hmong. Alors, la joie explose dans l’assistance qui applaudit et agite des petits drapeaux blancs. La vie envahit l’assemblée pour le reste de la soirée ! Au premier rang, à genoux sur son banc, Pheng agite son chapeau !
La joie n’a plus lâché les personnes. Beaucoup se sont dirigées vers Cu Voua Tchi pour être bénies par le nouveau prêtre avant qu’une cérémonie traditionnelle honore plus particulièrement la culture hmong. Pendant ce temps, sur le parvis de l’église et dans la cour de l’école, les gens ont manifesté leur joie de se rencontrer, retrouver des anciens ou faire connaissance avec des nouveaux. Plus tard dans la soirée, le repas - nigériano-hmong comme il se doit – a ravi tout le monde ; Alexius et ses amis africains un peu perdus au milieu de toute cette foule hmongo-gauloise - étaient heureux, simplement ! Dehors, avec ses copains, Pheng a joué tard dans la nuit… nue tête !
Bertrand Evelin
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