

Alexius, tu es en France depuis quatre ans. Les Oblats te connaissent peu. Redis-nous ton parcours.
La première chose que je veux dire, c’est comment j’ai connu les Oblats. Je ne sais pas si c’était un hasard mais je ne crois pas. Il y avait quand même… peut-être le projet du Seigneur qui s’annonçait déjà. Au départ, j’étais en formation pour être prêtre diocésain.
D’où viens-tu ?
Je viens du Sud-Est du Nigeria, de l’ethnie Ibo. Je viens d’avoir trente et un ans. Par rapport
à ma vocation, au départ, je me préparais à être prêtre diocésain. Dans ma famille, servir le Seigneur,
c’était célébrer la messe. C’est la seule idée que j’avais dans la tête. Bien sûr avec le temps, ça a
évolué mais à la fin de mon parcours, j’avais deux choix : ou bien j’allais à l’université ; j’aime
beaucoup la littérature, je rêvais d’être journaliste. Ou alors, je continuais au séminaire mais je n’avais
plus aucune envie de continuer pour être prêtre diocésain. Pourquoi ? Des témoignages ne m’ont pas
encouragé et j’étais attiré par la vie religieuse, suite à deux rencontres avec des Spiritains. Je ne
suis pas rentré chez eux, je ne sais pas pourquoi ! Peut-être parce que je n’ai jamais frappé à leur porte !
Et donc, après ça, j’ai
rencontré un prêtre oblat. La première rencontre m’a beaucoup marqué. Il était d’une telle simplicité,
joyeux, très accueillant, ouvert aux gens… Des qualités, une facilité d’approche, que je ne trouvais
pas chez d’autres que j’ai connus.
J’ai fait mes premiers vœux en 2001. Je garde de très bons
souvenirs de mon année de noviciat. C’est ce qui m’a convaincu de continuer chez les Oblats. Puis,
c’est le parcours de philosophie à Yaoundé pendant trois ans, très riche du fait de la diversité et des
expériences vécues dans la pastorale : j’allais à l’hôpital central de Yaoundé, et j’encadrais
également les servants d’autel dans une paroisse.
Après ces trois années d’études, je pensais
être envoyé dans le nord du Pays comme stagiaire. A ma grande surprise, pendant les vacances, j’ai
appris que j’allais venir en France. Je me suis demandé ce que je pouvais bien venir y faire !
Franchement ! Au départ, je n’ai pas voulu y penser beaucoup. Je me suis dit : vivons les vacances, et
après, on verra !
2004, le 18 septembre, la semaine du patrimoine, je me suis trouvé à Paris, ensuite à Aix. Vous pouvez
imaginer ce que cela peut faire comme choc de se trouver pour la première fois dans un pays européen
assez différent de chez moi ! Après une année de stage à Aix, je me préparais à rentrer continuer
la théologie à Kinshasa, et paf, quelques semaines avant, on m’a dit : « Si on te demandait de faire de
la théologie ici, qu’en penses-tu ? » Et finalement, je me suis retrouvé envoyé par mon Provincial pour
continuer mes études ici à Lyon !
Ce qui m’a vraiment donné l’envie de continuer chez les
Oblats jusqu’à aujourd’hui, c’est le témoignages des frères aînés. Leur façon de vivre la Parole de
Dieu et de s’engager m’interpellait. Et pour moi, c’était un encouragement. On pourrait se demander :
suis-je vraiment digne, suis-je vraiment capable ? Mais quelque part, je crois que c’est aussi une
réponse à un amour reçu. Je crois profondément à la gratuité de cet amour de Dieu pour moi, pour nous.
Pour moi, c’est ça, vivre cet amour au quotidien, à travers la pastorale bien sûr, mais aussi les
études.
Petite question provocante : pour vivre l’amour de Dieu au quotidien, tu n’as pas besoin d’être ordonné diacre en vue du sacerdoce ! Pourquoi le demandes-tu alors ?
Bien sûr, on peut se dire que
cela fait partie du parcours pour le sacerdoce ! Je me suis sérieusement interrogé avant de faire la
demande. Le texte qui me parle beaucoup, c’est le lavement des pieds des disciples par Jésus. C’est le texte
qui m’aide à comprendre le diaconat. A la base, il y a cet appel à s’engager, à vivre comme on dit « le
service de la charité ». Mais c’est aussi une manière de rendre visible cet appel à être signe de l’amour de
Dieu au service des hommes. Et ce signe, que je rends déjà aujourd’hui, je crois que je pourrai le rendre en
tant que diacre. Mais fondamentalement, pour moi, c’est essayer à ma manière de m’ajuster au Christ
serviteur.
Après ta formation, qu’aimerais-tu faire ?
Après ma formation, je recevrai mon obédience pour la province du Cameroun. J’en ai déjà discuté avec le Provincial. Aujourd’hui, on cherche à renforcer les communautés existantes et les maisons de formation pour le travail auprès des jeunes. Si je fais une formation BAFA, je pourrai éventuellement m’engager dans ce qui est déjà existant dans ma Province et apporter du neuf à travers les expériences acquises.
Durant l’année qui vient, que vas-tu faire ?
A la paroisse de St Luc, j’accompagne un catéchumène adulte, et la coordination du catéchuménat du secteur avec une dame qui en est responsable. Ensuite, j’ai été sollicité pour être présent auprès des lycéens d’enseignement professionnel. C’est un domaine que je trouve très intéressant, où l’on peut organiser des rencontres avec les jeunes, discuter, voir ce qu’on peut faire ensemble. Et, bien sûr, déjà la semaine qui suit mon ordination, j’aurai à célébrer un baptême. Et le prêtre de la paroisse m’a proposé de faire une fois par mois l’homélie ! Je participe aussi à d’autres activités selon les possibilités parce que je continue aussi les études. Il y a un équilibre à trouver.
Nous autres, Français, sommes très égoïstes ! Comme les Américains, nous sommes persuadés qu’il n’y a que nous de bien. Et donc, on ne voit pas bien pourquoi on s’intéresserait aux autres. Donne-nous deux bonnes raisons de nous intéresser à l’Afrique aujourd’hui !
Pour les Oblats ou le pays ?
Une pour les Oblats, une pour le pays !
Il y a beaucoup de choses ! La première, je trouve qu’on peut vivre heureux avec le peu que l’on a. Bien
sûr, il y a la misère en Afrique ! Mais quand on découvre la vie des gens au quotidien, on peut se poser la
question : comment se fait-il qu’ils soient heureux malgré les difficultés qu’ils rencontrent ? Et je me dis
que quelque part, il y a cette simplicité de vie, cette proximité. L’Afrique a quelque chose à apporter au
niveau des rapports humains, des valeurs fondamentales qui sont aujourd’hui remises en cause. L’Afrique
traditionnelle a quelque chose à apporter aux pays dits industrialisés.
Au niveau de la congrégation, je crois que vraiment, il y a des raisons. D’abord, l’Afrique reste un
terrain d’accueil de l’Evangile. Elle a été évangélisée mais elle a toujours besoin de cette Bonne Nouvelle, et
se réconcilier avec sa propre tradition. Il y a un effort énorme à faire pour permettre la rencontre de
l’Evangile et de la tradition, qu’elle devienne une rencontre qui fasse jaillir le bonheur et la joie de vivre.
Aujourd’hui, il y a un tel succès des églises évangélistes parce que quelque part, ils ont une méthode… bien sûr,
on ne va pas imiter leur prosélytisme, mais une méthode qui séduit beaucoup plus les gens tiraillés. Bien sûr,
la tradition n’est pas mauvaise en elle-même mais il y a des choses de la tradition qui, à mon avis privent
les gens de cette liberté fondamentale de vivre ! Je me dis que là, j’ai quelque chose à faire. Je pense que
le missionnaire qui va en Afrique (je parle de l’Afrique traditionnelle car les grandes villes, c’est autre
chose) je crois que le missionnaire qui va en Afrique tradionnelle avec un regard neuf peut apporter quelque chose !
Ton rêve le plus fou pour l’humanité ?
Alors là, c’est un rêve, c’est vraiment une utopie : qu’on soit croyant ou pas croyant, c’est d’arriver un jour à mettre fin à cette folie qui déchire les gens, à savoir la recherche interminable de la richesse. Surtout, arriver à se reconnaître frères et sœurs, quelles que soient nos origines. Les scientifiques nous disent qu’on a une origine commune, mais dans le concret c’est autre chose ! Je rêve d’un monde où tous, riches et pauvres, accepteront de vivre ensemble sans cette volonté de manger l’autre, de le dominer.
Le directeur
d’un grand dictionnaire te téléphone en disant : « Je veux mettre la définition du mot Oblat de Marie
Immaculée dans le dictionnaire. Vous n’avez droit qu’à une ligne ». Que mets-tu ?
Je dirais que c’est d’abord un don total de soi ; et vivre l’amitié avec le Christ et les hommes. C’est ce que je dirais ! Dans notre charisme, quand on fait les vœux perpétuels, il y a le rêve de se donner tout entier au Seigneur mais aussi se donner à travers un engagement pour qu’advienne le Royaume de Dieu.
Merci beaucoup.