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Quand Clémenceau rencontra les Oblats

Histoire d'une photo

Clémenceau au milieu des Oblats à Ceylan

En 1921, retiré de la politique, Georges Clémenceau effectua un voyage en Asie. C'est ainsi qu'il eut l'occasion de rendre visite aux Oblats de Colombo, à Sri Lanka (alors appelé Ceylan). Ceux-ci étaient notamment en charge du collège St-Joseph.

La rencontre ne manque pas de piquant quand on sait que durant sa vie politique, Clémenceau avait été un des chefs de file des anticléricaux au parlement !

Bien évidemment, cette visite donna lieu à un article, publié dans une revue oblate française, les Petites Annales, en janvier 1922... Extraits du discours de Georges Clémenceau :

"Veuillez croire que ma sympathie pour vous est à l'unisson et à la hauteur de celle que vous me témoignez. La preuve, c'est que lorsque j'ai rencontré l'un des vôtres - le P. Majorel - qui arbore sur sa soutane des décorations attestant qu'il a fait héroïquement son devoir à la guerre, je n'ai pu m'empêcher de lui donner la meilleure preuve d'admiration et d'amour qui soit en mon pouvoir : j'ai couru à lui, je lui ai ouvert mes bras et je l'ai longuement étreint sur mon vieux coeur.

Cela démontre que, parfois, des gens qui, très éloignés les uns des autres, arrivent à se rencontrer ont dans les profondeurs de leur être certains sentiments très élevés grâce auxquels une puissante communion peut s'établir entre eux. L'un de ces sentiments, Monseigneur votre archevêque l'a signalé admirablement tout à l'heure ; il procède de l'idée de patrie..."

Il revient alors sur la récente guerre

La guerre... Ah ! Mes chers frères, c'est une bien difficile et bien grande chose ! - Et, se tournant vers le R.P. Majorel - vous le savez, vous - vous l'avez vue ; vous y avez accompli des actions d'éclat qui vous ont valu de nobles récompenses. Que de sacrifices il a fallu faire pour obtenir la victoire !... Eh bien ! Laissez-moi vous déclarer qu'il est moins difficile de gagner la guerre que d'organiser la paix. Certe, il faut du courage pour braver les balles et les boulets ; mais je crois qu'il en faut plus encore pour entreprendre de résoudre les problèmes de la vie et les problèmes de l'éducation qui leur sont connexes. Quelle tâche ardue et méritoire que celle des professeurs ! Combien il doit s'en trouver dont la bravoure ne le cède en rien à celle du soldat et sur la poitrine desquels - si justice leur était rendue - devraient briller les mêmes croix d'honneur !"

Clémenceau termina en s'adressant aux jeunes élèves :

De mes paroles, ne cherchez à comprendre et à retenir que le sentiment qui les a dictées. Dans la vie, il faut s'attacher à regarder le fond des choses et non leur fugitive apparence ; il faut toujours remonter aux principes, chercher la cause profonde des événements afin de les diriger, pour, plus tard, si possible, en rester maître et en tirer profit. SI vous soignez bien la tige naissante de l'arbre, un jour viendra où vous en cueillerez les fruits."

Vint ensuite le moment de la photo. Placé entre Mgr Coudert et Mgr Pisani, Clémenceau, l'ancien chef des anticléricaux parlementaires, fit ce commentaire bonhomme :

Voilà quelque chose de bien drôle qui m'arrive : être photographié entre deux princes de l'Eglise !... Mais après tout, cela ne fera pas de mal."

L'article de 1921 se conclut ainsi :

Parmi les innombrables portraits du politicien si notoirement anticlérical, elle est, à coup sûr, unique en son genre, cette photographie qui le représente au centre d'une phalange d'ecclésiastiques, assis entre deux archevêques et, malgré tout cela, le sourire aux lèvres, un franc sourire qui atteste qu'il accepte de bon coeur un si compromettant voisinage... Ah ! Dieu veuille que le "Tigre", à son heure dernière, soit aussi cléricalement avoisiné !... De tous ces assistants, un seul, même, d'ailleurs, lui suffirait, à ce moment-là. Le P. Majorel, par exemple... Fiat !"

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