Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Le pape François au Sri-Lanka

  1. Les enjeux d'une visite


Convoi de réfugiés en 2009

Mgr Joseph Rayappu

Le sanctuaire de Madhu

Quelques points de repères historiques

portrait de Robert Anthonypillai Jayaleesan

C'est la première fois dans l'histoire de l'Eglise du Sri Lanka qu'un pape va rendre visite à la région tamoule et rencontrer le peuple tamoul. Et cette visite se fait au moment où ont lieu les élections présidentielles qui devraient voir arriver à la tête du pays un nouveau président. On peut en espérer un avenir meilleur pour les Tamouls.

C'est dire si la visite du pape se fait dans un contexte tendu, même si la guerre civile démarrée en 1983 a pris fin en 2009. L'histoire du conflit inter-ethnique entre Tamouls et Cinghalais est ancienne. Avant la colonisation, plusieurs royaumes occupaient l'île. Deux étaient cinghalais boudhistes et un tamoul hindouiste. L'histoire est émaillée de tensions, mais également d'échanges commerciaux, entre eux. Mais c'est la colonisation, portugaise à partir de 1505, puis hollandaise, et enfin anglaise à partir de 1815, qui a envenimée la situation, notamment par la pratique du « diviser pour mieux régner ». Du coup, au XIX°, l'influence des Tamouls était très grande par rapport à leur nombre.

A cette situation, il faut ajouter un élément. Au cours du XIX° siècle, les Anglais firent venir des Tamouls de l'Inde pour travailler dans les plantations de thé du centre de l'île, et ce dans des conditions de vie précaires. Mal logés, mal payés, ceux-ci ne pouvaient pas (et ne peuvent toujours pas) pas faire d'études, ni se soigner.. Au lendemain de l'indépendance, ce sont eux qui furent les premières cibles du nationalisme cinghalais : la législation de 1949 leur retira la nationalité ceylanaise, faisant d'eux de véritables apatrides... !

En fait, de l'indépendance en 1948 au démarrage de la guerre civile en 1983, l'histoire du pays est une longue suite de vexations, tensions, massacres (1956, 1958, 1977, 1981), torture d'état dénoncée par Amnesty International (1975), portant des coups à la minorité tamoule. Inévitablement, en parallèle à cette montée de la violence, on assista au cours des années 70 à une progression du nationalisme tamoul, notamment avec les « Tigres de Libération de l'Eelam tamoul ». Cela déboucha sur le « pogrom du juillet noir », le 23 juillet 1983: suite à une attaque par les « Tigres » contre une unité militaire gouvernementale coûtant la vie à 13 soldats, la réaction de la population cinghalaise, avec le soutien du gouvernement, fut d'une incroyable cruauté. Entre 1000 et 3000 Tamouls furent tués et plus de 18000 maisons ou commerces détruits ou incendiés. Des centaines de milliers de Tamoul furent obligés de fuir à l'étranger (Inde, Europe, Canada, Australie). Cette date du 23 juillet marque le début de la guerre civile, qui s'est terminée en 2009 par la défaite des « Tigres ». Bilan : plus de 80 000 victimes.

Le voyage du pape François

Le pape François va visiter le Sri Lanka du 13 au 15 janvier. Bien évidemment, il vient pour rencontrer ses frères. Les catholiques représentent 7 % de la population. Mais il vient surtout pour contribuer à sa pacification. En effet, le pape est attentif à la situation originale des chrétiens dans le pays. Ils appartiennent aux deux communautés Ils peuvent donc être facteurs de réconciliation. C'est ce qu'il a dit aux évêques lors de leur visite ad limina : que les catholiques qui sont à la fois dans la minorité tamoule et dans la majorité cinhalaise, contribue « en collaboration avec les membres de la société, au travail de réconciliation et de reconstruction ». « Une telle contribution nécessite la promotion de l’unité. En effet, alors que le pays cherche son chemin vers la réunification et la réconciliation, l’Église se trouve dans une position unique pour offrir une image vivante d’unité dans la foi puisqu’elle a la bénédiction de compter en son sein à la fois des Cinghalais et des Tamouls »

Pourtant, sa visite ne fait pas l'unanimité. Dès l'annonce de son voyage, des mouvements radicaux ultranationalistes proches de moines bouddhiste cinghalais ont dit leur hostilité. L'un d'eux, connu pour ses sermons d'une incroyable virulence à l'égard des minorités religieuses, a exigé que le pape demande pardon aux bouddhistes « pour les atrocités commises par les gouvernements coloniaux chrétiens en Asie du Sud. J'attends, a-t-il écrit, de voir ce que le pape va dire au sujet des crimes qui ont été commis ici ». Même entre les évêques, il y a de profonds désaccord, notamment entre le cardinal Ranjith, archevêque de Colombo, et Mgr Rayappu, défenseur des Tamouls victimes d'exactions.

La première partie du voyage du pape se déroulera à Colombo, capitale économique du pays. Il rencontrera l'ensemble des évêques et les responsables des autres religions présentes. Il sera également reçu par le président de la république.

Mais c'est la journée du lendemain qui est à noter. Le pape va se rendre dans le nord du pays, au sanctuaire marial de Notre-Dame de Madhu, dans le diocèse de Mannar au Nord. Cette visite constitue un geste très fort car l'évêque de ce diocèse, Mgr Joseph Rayappu, est connu pour son engagement sans réserve auprès des populations tamoules dont les droits sont bafoués. Mgr Rayappu réclame l'élucidation de milliers de disparition, dont de nombreux prêtres et des chrétiens et cela ne plaît pas. Il a alerté l'opinion internationale, notamment en demandant aux aux Nations-Unies de faire pression sur le gouvernement pour que celui-ci reconnaisse ses crimes de guerre. Du coup, il est régulièrement l'objet de campagne de calomnie, de menaces et d'intimidations... Son engagement est même sévèrement critiqué par le cardinal Malcom Ranjith, archevêque de Colombo. L'unité de l’Église sri-lankaise est loin d'être évidente...

Ce que j'attends de cette visite

Le véritable problème du Sri Lanka, ce n'est pas la minorité des chrétiens, c'est la question tamoule. J'aimerais bien que le pape dise quelque chose sur les Tamouls, qu'il rencontre la situation dans laquelle ils vivent, qu'ils voient leurs souffrances. C'est un peu l'enjeu de sa visite au sanctuaire marial de Madhu, entre parenthèses un sanctuaire construit par les Oblats ! J'espère qu'il va rencontrer Mgr Joseph Rayappu.

La situation des Oblats

Il y a deux Provinces, une au Sud (Colombo) et une au Nord (Jaffna). Les divergences culturelles sont là mais la formation est commune, avec le pré-noviciat au Nord et le noviciat au Sud. De même, pour la suite de la formation, les scolastiques de Jaffna vont suivre leur philosophie avec leurs confrères du Sud, et les jeunes de la province de Colombo suivent une de leurs années de théologie à Jaffna. Les jeunes Oblats ont des activités pastorales communes. De même, les conseils provinciaux se rencontrent plusieurs fois par an. Enfin, les deux Provinces animent un même forum "Justice, Paix et Intégrité de la Création". Bref, dans un pays à l'histoire inter-ethnique si lourde, les relations entre les deux provinces sont plutôt bonnes.

Robert Anthonypillai Jayaleesan

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