Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Vincent L'Hénoret (1921-1961)

Quelques souvenirs d'une fille spirituelle de Vincent

groupe d'Oblats autour de Mgr Loosdregt, dont Vincent, Michel Coquelet et Louis Leroy
Vincent, souriant, devant une case

Soeur Jeanne-Vincent, Thaï Deng elle-même, avait demandé de pouvoir porter en religion, à côté du nom de la fondatrice de sa congrégation1, celui de son père spirituel. Outre ses propos rapportés ci-dessus, elle apporte sur la vie de Vincent un éclairage précieux :

Les routes et les chemins étaient très pénibles, mais cela ne le décourageait pas, il n´avait pas peur. Il avait une jeep, mais pour aller dans la plupart des villages il ne pouvait pas s´en servir. S´il n´avait pas tant aimé les gens, il serait allé seulement dans les endroits où il y avait une route carrossable. Mais il voulait aller partout...

C´est lui qui m´a amenée au couvent, je lui dois ma vocation. La première fois, j´étais encore toute jeune. Il m´a amenée chez les soeurs, et il est parti par surprise. Plus tard, il m´a demandé si je voulais repartir avec lui, mais je voulais bien rester ; il s´est toujours soucié de moi, et prenait souvent de mes nouvelles. Le Père Vincent était un homme profondément bon...

Son dernier sermon, à la messe du soir à Na Thoum, a marqué les gens : il l´a entièrement consacré à la mort. Il disait qu´il faut toujours être prêt, car le Seigneur vient comme un voleur... Il est mort sur la route, le lendemain entre 7 et 8 heures du matin. Deux ou trois militaires lui ont demandé son laissez-passer. Tout était en règle. Il est remonté à bicyclette. C´est alors qu´ils ont tiré sur lui. Il est tombé en criant « Ohhh ! » Il n´était pas mort, il a épongé son sang. Alors ils sont revenus pour tirer de nouveau sur lui. Le mouchoir avec lequel il avait essuyé son propre sang est resté rouge durant trois jours : tous les gens du village ont pu voir cela...

Je suis certaine que le Père Vincent a donné sa vie, il s´est donné lui-même entièrement. Il aimait vraiment les gens. Il savait bien qu´il risquait sa vie. Il allait partout, dans tous les villages. Il avait demandé un laissez-passer pour cela, mais il savait bien que c´était quand même dangereux. Il n´avait pas peur : il donnait sa vie d´avance. Depuis 1960, la situation était devenue très difficile, mais il a continué son travail sans peur. Il pensait seulement aux chrétiens qui avaient besoin du bon Dieu. Dans le village de ma grand-mère, les gens étaient à moitié animistes ; alors il y allait souvent, pour les aider à mieux comprendre la foi.

Parmi les catholiques, tous ont la même opinion du Père Vincent, parce que c´est quelqu´un qui s´est vraiment donné à eux. Il savait qu´il risquait sa vie, mais il allait quand même vers les chrétiens. Les militaires nous détestaient, mais le Père a donné sa vie pour les chrétiens. Depuis sa mort, jusqu´à aujourd´hui, les prêtres n´ont jamais pu revenir.

J´étais encore toute jeune à l´époque de sa mort, mais tout le monde parlait de la même manière. Je suis allée visiter ma grand-mère au mois de juin, quelques semaines après sa mort. Tout le monde en parlait, tout le monde disait : « Il a sacrifié sa vie pour nous. » J´ai beaucoup pleuré, parce que c´est le Père qui m´avait conduite chez les soeurs, et il s´était toujours très bien occupé de moi. C´est en souvenir de lui que je porte, comme religieuse, le nom de « Soeur Jeanne-Vincent ».

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