Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Vincent L'Hénoret (1921-1961)

Le sens d'une vie donnée, d'une mort offerte

Vincent et un autre Oblat devant une maison laotienne surélevée, en bambou tressé
A Munog The avec quelques familles et Mgr Loosdregt en 1957
A Na Tum en 1955, avec les familles chrétiennes devant une case en bambou tressé
A Na Tum en 1955, avec les familles chrétiennes devant une case en bambou tressé

Le Père Vincent L´Hénoret était-il prêt à rencontrer l´épreuve finale de cette manière ? Bien sûr, à la fin de sa formation il avait écrit : « [Je suis] prêt à tous les sacrifices, y compris celui de ma vie pour la cause du Christ... » Cela pourrait être considéré comme un simple rêve de jeunesse, comme des paroles en l´air. Il faut donc écouter ceux qui l´ont le mieux connu comme missionnaire au Laos.

Le Père Jean-Marie Ollivier, qui était très proche de lui, témoigne : « Vincent n´avait pas voulu quitter son poste. Il est resté malgré le danger, en compagnie du Père Khamphane, un prêtre laotien. » Dès 1961, il avait déjà écrit à la maman de son confrère :

"Il a voulu rester avec ses chrétiens, fidèle à son poste jusqu´au bout malgré la présence de l´ennemi. Et c´est ainsi qu´il est mort, dans l´accomplissement de son travail de prêtre... Priez-le dans votre coeur car, pour moi, il ne fait pas l´ombre d´un doute il a déjà reçu de Dieu sa récompense et de là-haut, il regarde sa maman, il veille sur elle, sur toute la famille."

Ce point de vue est largement corroboré par les autres témoignages. Le Père Pierre Chevroulet, qui fut supérieur provincial des Oblats du Laos, ajoute à ces considérations subjectives un élément objectif de première importance : « Les missionnaires, c´est-à-dire les Pères Louis Leroy, Michel Coquelet et Vincent L´Hénoret, ont appliqué strictement la consigne romaine de rester au milieu des chrétiens, même in periculo mortis. »

Dans une lettre écrite à la maman de Vincent, juste après son assassinat, Mgr Étienne Loosdregt, son évêque, développe cet argument :

"Votre fils était resté à son poste par obéissance. [Rome] avait donné comme directive, l´année dernière, que les Pères ayant charge d´âmes devaient rester à leur poste ; c´est pourquoi Vincent était demeuré à Ban Ban. Il ne pouvait plus faire grand-chose, mais c´était quand même le témoin du Christ dans les jours difficiles, et c´est en agissant comme prêtre qu´il a été assassiné. L´ennemi dira que c´était un espion, qu´il s´occupait de politique, c´est absolument faux. C´est uniquement comme prêtre qu´il est demeuré à Ban Ban, et c´est uniquement pour le ministère de prêtre qu´il se déplaçait. Il est mort parce que prêtre, et parce que fidèle aux directives du Saint-Siège"

Dans son homélie, l´évêque ajoutait : De même que jadis les apôtres moururent de mort violente par fidélité au Christ, ainsi Vincent lui aussi est mort de mort violente par fidélité à Jésus, qu´il a voulu servir coûte que coûte. Évidemment il aura droit à la récompense des bons et fidèles serviteurs." Le Père Yvon L´Hénoret, qui rapporte ces propos, conclut :

"Vincent n´ignorait certes pas les sentiments des [nouveaux dirigeants] à l´égard des Pères, mais il a pensé pouvoir demeurer encore pour le bien spirituel de ses chrétiens. C´est là que commence réellement son témoignage... Pour nous, ce qui compte, c´est que Dieu a daigné appeler à Lui Vincent dans l´exercice de son ministère sacerdotal par le témoignage du sang. C´est le sens chrétien de cette mort, et pour moi il n´y en a pas d´autre."



Le Père Ernest Dumont prend un point de vue plus large, où il embrasse d´un seul regard les Pères Louis Leroy, Michel Coquelet et Vincent L´Hénoret :

"Je garde d´eux le souvenir d´hommes apostoliques dans la pleine force de l´âge, vivant à fond pour témoigner de Jésus Christ, rayonnant une joie et un enthousiasme que je leur ai toujours enviés. Tous vivaient au plus près des conditions pauvres des gens dans leurs petits villages perdus de montagne. Entre eux, à Xieng Khouang lors [de la fête oblate] du 17 février 1959, régnait une amitié virile ; on ne peut que remercier le Seigneur de les avoir si bien soudés dans leur ministère avant de les réunir dans un même témoignage d´authenticité fidèle jusqu´à la mort. Pour moi, alors jeune missionnaire, c´est un souvenir-phare, comme un don de Dieu, un point de repère encore aujourd´hui dans l´insignifiance regrettable de mes activités missionnaires trop souvent frileuses. Je vois encore ces jeunes Oblats audacieux et sans complexes - ils étaient heureux de vivre dans un climat politico-militaire incertain ; ils envisageaient la mort brutale avec lucidité, comme une chose possible, normale, dans le droit fil de la Passion et de la Croix...

Contact Hébergeur : Arsys © Missionnaires oblats de Marie Immaculée - Province de France - 2013