Missionnaires Oblats de Marie Immaculée - Province de France

Nordeste brésilien

Manaus vu d'avion
Manaus vu d'avion
Roberto et quelques personnes
Sur le fleuve Amazone
Sur le fleuve Amazone
Favela
Favela

Manaus, le 25 décembre 2013

Roberto, missionnaire dans le nordeste brésilien depuis bientôt 50 ans, nous fait parvenir traditionnelle circulaire de Noël. Occasion d'en savoir plus sur le travail de défense des Indiens...

A Manaus, nous avons été profondément blessés par les termes employés par les journaux « Daily Mirror » et « Daily Mail ». Je cite : « Manaus homicide : les supporters anglais affrontent les jeux de la coupe du monde dans un des endroits les plus mortels de la terre » - « Manaus est la onzième ville la plus violente du monde. » - « Les voleurs armés et fous de drogues parcourent les favelas qui sont des endroits interdits aux touristes. » - Il faut faire attention aux serpents venimeux, aux scorpions, aux araignées, à la rage des chiens... 100 millions de dengue par an sans aucun vaccin ... des chambres d´hôtels immondes à des prix exorbitants et des cuisines infectées d’insectes et de rats »... et j’en passe !!!

Comment une telle ignorance est-elle possible dans notre belle Europe ?

Mais revenons à notre Mission.

Au service des indiens de la ville, au service d’une vie plus humaine et plus digne, au service de Jésus Christ, de l’Évangile, de l’Église. Nous cheminons lentement mais fermement. Je citerai quelques avancées :

  • Une grande difficulté est la fragmentation du Mouvement Indigène. Chaque communauté travaille pour elle même, sans se soucier des autres. Ce qui fait que le mouvement n’a pas de force pour revendiquer ses droits. Nous avons réussi à créer la COPIME – COordination des Peuples Indigènes de Manaus et des Environs – qui se réunit une fois par mois. Par des commissions, nous travaillons l’éducation spécifique et l’étude des langues, selon les diverses ethnies, la santé, l’habitation, la culture et l’artisanat, l’organisation légale. 
  • Nous avons, pour la première fois, réussi à envoyer une déléguée de la ville de Manaus à la Conférence Nationale de Santé Indigène à Brasilia. Je m’explique : pour les représentants du gouvernement, les indiens de la ville ne sont pas reconnus, mais seulement les indiens qui vivent en « aldeia », dans la forêt. Mais on compte plus de 20.000 indiens à Manaus. N’ont-ils pas droit aussi à une meilleure santé ?
  • L’année dernière nous avions à peine 3 professeurs bilingues (portuguais et langue indienne) reconnus par la mairie. Cette année ils sont 23. Et l’Université organise des cours de pédagogie pour les indiens.
  • La plupart des communautés sont organisées en association. Elles sont 35 rien qu’à Manaus. Mais, pour être reconnues légalement elles doivent suivre certaines normes officielles, ce qu’elles ne font pas. Marcivana, de notre équipe pastorale, est comptable et accompagne quelques unes de ces associations. Elle réalise tout un travail de formation. Quand elles ne sont pas légales elles n’obtiennent rien du gouvernement.
  • La plus grande difficulté que nous rencontrons est l’isolement des familles indiennes. Fruits de l’exode rural, ces familles arrivent à Manaus mais nous ne le savons pas. Quand elles ne sont pas reliées à une communauté, elles ont tendance à perdre leur culture. Victime de discrimination, elles nient leur origine. Une petite fille très maltraitée à l’école parcequ’indienne me dit : « Mon père est indien, ma mère aussi, mais moi je ne suis pas indienne ! » Quand nous avons connaissance de l’existence de ces familles, nous les invitons à participer à une communauté de leur ethnie. C’est ainsi que nous avons réussi à former la communauté KAMBEBA, qui se réunit une fois par mois pour réapprendre la langue originale et faire revivre leur culture.
    Les indiens de la ville doivent s’adapter à la réalité urbaine et devenir compétents au plan du travail et des études, mais ils ne doivent pas perdre leur racine, leur culture, oublier leur histoire, sinon ils se transforment en simples prolétaires, victimes de ceux qui les exploitent. Elson, père de famille, indien SATERÉ-MAWÉ, a bien compris. Il se prépare à rentrer à l’Université et il me confie : « Je suis indien à Manaus, et je resterai indien en quel que lieu de notre planète. Si je pars en Afrique je resterai indien, si je vais en Chine je resterai indien, c’est dans mon sang ».
  • La tache est immense, mais nous avançons à petits pas.

Une vie plus humaine, une vie plus digne : «  Je suis venu pour que tous aient la VIE et la VIE en plénitude ! »

Cette semaine j’ai fait une riche expérience: le curé (un religieux) d’une paroisse distante de cent kilomètres de Manaus, de l’autre coté du fleuve Amazone, m’a invité à l’accompagner dans sa visite à huit communautés situées sur les rives du fleuve Castanho. J’ai demandé à un jeune Oblat du Pérou qui fait des études de théologie à São Paulo de venir avec moi. Je vous passe les détails des panthères qui ont dévoré un chasseur ou d’un énorme jacaré de 4 mètres (crocodile) qui a tué le chien d’un paysan... Il suffisait de jeter le filet pour préparer nos repas ! Nous avons partout été bien reçus par les quelques indiens rencontrés ou par les « ribeirinhos », les familles d’origine nordestine, non indiennes, qui se sont installées sur les bords du fleuve. Plusieurs communautés sont protestantes/évangéliques, mais nous célébrons la messe où ils nous acceptent. Il y a quelques années tout le monde était catholique, nous racontent les gens, mais maintenant, à part une communauté catholique bien structurée, celles qui ne sont pas totalement évangéliques sont divisées. La chapelle catholique est détériorée mais le petit temple protestant est bien entretenu. Le père passe trois fois par an. Mais dans chaque village habite un missionnaire protestant avec sa famille et tous les instituteurs sont aussi protestants. Peu à peu, les catholiques, invités para les autres, se rendent au culte. Le père a la responsabilité de 80 chapelles, avec beaucoup de difficultés d’accès : en Amazonie les distances sont immenses. Une paroisse voisine a 140 communautés. Le catholicisme est en voie de disparition ou au moins de grave débilitation. Un prêtre pour 80 communautés et un « pasteur » qui demeure sur place : La lutte est inégale.

A Manaus, ville de deux millions d’habitants, la situation n’est pas très différente, à part les distances. Dans notre paroisse nous comptons 10 a 15 églises évangéliques de diverses dénominations pour une chapelle catholique. Mais, à ce sujet, je voudrais vous parler de mon expérience avec les indiens de la ville. La plupart viennent de la forêt amazonienne déjà évangéliques. Les autres qui ont été « sacramentalisés » dans l’Église Catholique, mais non évangélisés en profondeur, sont victimes d’un prosélytisme féroce, deviennent rapidement évangéliques et se font rebaptiser dans les eaux. 10.000 adultes et jeunes ont été baptisés rien que dans l’église « Assemblée de Dieu » au mois de novembre, lit-on sur le journal ! Nous essayons de vivre un œcuménisme de base. Pendant ces trois ans, nous n’avons cessé de rendre visite à toutes ces communautés indiennes. Nous avons conquis leur estime et leur amitié. Ils nous ont adopté. Nous sommes un peu de leur famille. Nous ne faisons aucune différence entre catholiques, évangéliques et non chrétiens. Ensemble nous luttons pour une vie meilleure et plus digne. La semaine dernière nous nous sommes rencontrés pour une dernière réunion de l’année dans les locaux de l’archevêché. Ils étaient une trentaine de chefs. Peut être y avait-il 5 ou 6 catholiques. On ne discute pas religion, on travaille ensemble au service de la VIE. Laissons le fanatisme, le prosélytisme, le fondamentalisme a certains pasteurs. La religion divise, le combat pour une vie plus humaine nous réunit.

C’est Noël, c’est la joie, c’est l’espérance. Chantons et bénissons ensemble.

Robert de Valicourt
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