
Port-au-Prince, le 14 janvier 2010
au R.P. Wilhelm Steckling, omi
Supérieur Général
Rome
Bonjour Père Général,
J'utilise ce qu'il reste de charge à mon laptop pour vous écrire ce message. Vous avez certainement appris que le mardi 12 janvier 2010 à 4h53 pm, un violent tremblement de terre (de magnitude 7.3 à l'échelle de Richter) est passé sur Haïti et a pratiquement détruit la ville de Port-au-Prince.
La plupart des grands édifices se sont écroulés.
La maison provinciale est sérieusement endommagée, et la nouvelle construction (l'annexe) a cédé.
Le scolasticat s'est aussi effondré. Les deux formateurs (P. Muscadin et Almonor) ainsi que les deux scolastiques qui s'y trouvaient (Ronel et Johnny), et le P. Jean-François Printemps qui était de passage, sont sains et saufs.
Les autres scolastiques étaient à une conférence au CIFOR, donnée par une médecin brésilienne. Le CIFOR a sombré et la conférencière a péri, ainsi qu'un scolastique oblat, Weedy Alexis, un scolastique spiritain du nom de Stéphane Dougé. Jusqu'à présent, le minibus des scolastiques Montfortains est bloqué sous les décombres, avec 14 passagers à bord, dont 9 Montfortains. On ne peut rien faire jusqu'à présent pour les sortir de là. Il y en un qui vit, car on entend sa voix, on lui parle, mais c'est tout ce qu'on peut faire.
C'est la catastrophe, la désolation totale en Haïti. Depuis mercredi soir, tous les habitants de Port-au-Prince sont obligés de dormir à la belle étoile, et nous aussi, car il y a des secousses de temps en temps. On a peur et on prend tout ce qu'on peut encore prendre de précaution.
Il n'y pas de moyen de communication, ni d'information. Avec un peu de chance, le téléphone peut passer. Je n'ai pas encore pu communiquer avec les confrères en province.
Il n'y a pas d'électricité, pas d'eau à la maison provinciale, pas d'internet non plus. J'imagine que cela doit être la même situation un peu partout à Port-au-Prince.
Hier, le Père Loubeau et moi-même avons été obligés de faire un périple par les rues pour nous rendre au scolasticat. Partout ce sont les lamentations, les pleurs, les plaintes. Les rues sont jonchées de cadavres.
Se sont aussi effondrés : l'archevêché de Port-au-Prince, le Palais national, la cathédrale, l'église du Sacré-Cœur, le Grand Séminaire de théologie à Turgeau, le Grand Séminaire de philosophie à Cazeau, l'église épiscopale la Sainte Trinité et plusieurs autres grandes églises et écoles catholiques ou protestantes.
Ce n'est que hier matin qu'on a pu extraire des décombres Mgr Joseph Serge Miot, archevêque de Port-au-Prince. Le Vicaire général est encore sous les décombres : on n'entend plus sa voix. Un professeur du Grand Séminaire de Turgeau et trois séminaristes sont restés bloqués à l'intérieur du Grand Séminaire. On ne les entend pas.
Jusqu'à présent, on a dénombré 8 décès parmi les séminaristes de Cazeau. (Mais les Oblats de Blanchard et de Sibert ont été épargné).
De l'aide est arrivé hier matin des États-Unis, de la France, de la République Dominicaine. Mais, ils ne peuvent encore faire grand-chose, puisqu'il y a encore des secousses. On prévoit la fin des secousses pour vendredi soir.
Le scolastique oblat décédé a dû être inhumé hier après-midi en même temps que le spiritain, dans la cours des Spiritains (leur église et leur maison sont détruite aussi). Car il n'y pas de morgue qui fonctionne. Il n'y a pas encore de secours. Ce matin à 8 heures, nous allons faire une cérémonie funèbre conjointement avec les Spiritains.
Vous comprenez, Père Général, que les dégâts doivent être immenses. On ne peut pas encore les évaluer, même si le Premier Ministre a parlé de 100,000 morts environ. Le bilan est bien pire que ça, car il ya aussi les blessés, les disparus, et les dégâts matériels. Plusieurs prêtres, frères, religieuses sont jusqu'ici portés disparus.
Voilà, Père Général, une tentative de vous décrire ce que nous sommes en train de vivre. Puisque je dois faire vite pour ne pas épuiser toute la charge, vous comprenez que je ne peux relater tous les faits ni respecter une certaine forme.
Merci de votre compréhension et de votre solidarité.
Nous savons que vous pensez à nous et que vous nous élevez par la prière dans le Cœur Sacré de Jésus et le Cœur Immaculé de Marie, notre Mère Auxiliatrice.
Gasner Joint, omi, responsable de la province d'Haïti
retour au haut de la pageEdith Philidor est haïtienne. Membre de l'Institut des Apostoliques de Marie Immaculée, elle est actuellement en France où elle exerce la fonction de maîtresse des novices. Elle nous a fait parvenir le commentaire suivant :
Dans mon village en province (Carice) comme dans tous les autres, les parents envoient leurs enfants étudier à Port-au-Prince pour une meilleure éducation et aussi pour trouver plus facilement un travail. Donc, c'est l'urbanisation complète ! Tout le monde est centré à la capitale, Port-au-Prince.
Après cette tragédie qui a frappé le pays et qui met chacun dans un état déplorable, les gens prennent le risque d'aller chercher leurs enfants, leurs proches à Port-au-Prince. Malheureusement, la majorité ne les trouvent pas. Il y en a qui ont péri dans la tragédie, les uns sont gravement blessés et d'autres sont sous les décombres. Tu imagines un peu les têtes des gens pour retourner chez eux en province ?
En plus, il n'y a pas de communication, les autres membres des familles attendent dans l'angoisse. Il y a des familles qui ont perdu 4, 5, 6 de leurs membres dans une même maison. Les communautés religieuses, il y en a qui perdent jusqu'à 18 membres dans une même communauté.
Quel nom donné à une situation pareille ? Est-ce qu'on pourrait arriver jusqu'à dire que c'est un" MAL" qui a frappé le pays ? Quoi penser, quoi dire, quoi comprendre ?
Devant un tel drame, je me demande ce Dieu Tout-Puissant, pourquoi paraît-Il si faible ? Pourquoi paraît-Il si impuissant, si démuni ? Pourquoi ne manifeste-t-Il pas sa Toute Puissance comme les hommes auraient pensé ou auraient fait ?
J'ai entendu un Français secouriste qui pleurait à la radio. Ils ont trouvé une petite fille de 4 ans sous les décombres, mais manque de matériel, elle est morte, alors qu' elle aurait pu être sauvée. Il dit : "Ici, c'est pire qu'une guerre".
Nous déposons dans la confiance, toute cette tragédie qui n'a pas de nom, dans le cœur déchiré de Jésus. Il fera ce qu'Il juge nécessaire pour Haïti et pour tant de personnes qui vivent d'une façon ou d'une autre une situation incompréhensible.
Les gens de province aimeraient laisser ce milieu de mort pour aller chercher la vie dans les villages, mais où trouver de l'argent pour prendre les moyens de transport quand on a tout perdu, nos personnes et nos biens ?
Voilà ce que mon frère m'a partagé sur ce qu'ils ont réalisé dans une commune :
Vous ne pouvez jamais imaginer combien nous nous sommes en communion malgré la distance qui nous sépare de la France. En créole, on pourrait dire: Kòd lonbrit nou mare ansanm. (Nos cordons ombilicaux se lient ensemble).
Merci pour vos prières et ici, à Carice, nous avons organisé une collecte de fonds pour aller chercher les Cariciens/nes qui sont bloqués/es à Port-au-Prince. C'est vraiment un esprit de solidarité qui s'est manifesté à travers même des enfants qui ont donné 5,10,15... sous pour prouver combien ils veulent collaborer aux activités pour organiser un transport spécial pour les rescapés de la catastrophe. 71000 gourdes= à peu près 1000 £ ont été récoltés pour aller chercher les gens et leur apporter un peu de nourriture.
Merci et mille mercis. Kenbe la. (Tenez bon)
retour au haut de la page retour au haut de la pageMonseigneur Chibly Langlois, évêque du diocèse du Nord-Est à Fort-Liberté a fait parvenir le message écrit en signe de solidarite et de réconfort aux victimes du tremblement de terre. Ce message tient compte du phénomène de la fuite de la capitale et du retour des victimes dans leur diocese et departement.
DIOCÈSE DU NORD-EST, FORT-LIBERTÉ
1- Nous, du Diocèse du Nord-Est, vous adressons nos salutations par ces paroles de l’Apôtre : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit » (2 Co 1,3-4).
2- Conscients des souffrances qui affligent le peuple haïtien en ces jours à cause du séisme qui a ravagé la ville de Port-au-Prince et d’autres villes de province le 12 janvier dernier, nous nous sentons de plus en plus solidaires de ce peuple. Ces souffrances, ces pleurs et ces cris, nous les sentons au plus profond de nous-mêmes. Ils sont nôtres et nous les vivons dans les familles, dans les rues, dans les coins les plus reculés du pays, sur les places publiques, dans le camp des sinistrés, dans les hôpitaux. Tous, quelque soit notre appartenance politique, religieuse et sociale, nous sommes frappés violemment et cette situation difficile, ces épreuves doivent nous réveiller pour continuer à alimenter l’espérance de ce peuple, une « espérance qui ne déçoit point puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fût donné » (Cf. Rm 5,5).
3- Que pouvons-nous dire ? Que pouvons-nous faire ? Laissons-nous guider par la Parole de Dieu qui est une Parole puissante et transformatrice : «Nous sommes aux prises, mais non pas écrasés ; ne sachant qu’espérer, mais non désespérer ; harcelés, mais non abandonnés, terrassés, mais non vaincus » (2 Co 4,8-9). Cette parole s’adresse à nous tous aujourd’hui. Elle nous invite à garder confiance en l’amour de Dieu duquel rien ne peut nous séparer. Convaincus de ces paroles du Seigneur qui nous aime immensément et de l’espérance qui nous habite, notre peuple ne mourra pas, il vivra. Haïti ne détruira pas, elle relèvera.
4- Dieu veut notre bien, il prendra soin de nous, Lui qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et les injustes (Mt 5,45). C’est ce Dieu qui vient à notre rencontre aujourd’hui, c’est ce Dieu qui vient compatir à nos souffrances pour nous relever la tête. Pour cela, nous, cette portion du Peuple de Dieu qui est dans le Diocèse du Nord-Est, mûris par l’espérance et la charité qui nous habite, voulons faire nôtres, les problèmes, les peines et la misère de nos frères et sœurs qui sont victimes de ces catastrophes et qui seront de retour dans le Département du Nord-Est. Aussi, cherchons-nous à répondre aux conséquences du séisme en intervenant de la manière suivante :
4.1. Une cellule d’accueil et d’accompagnement sera constitué dans chacune des 25 paroisses du Diocèse du Nord-Est en vue de dresser une liste et d’identifier les besoins des victimes cherchant protection et abris dans le Département du Nort-Est.
4.2. Au niveau diocésain, une équipe est déjà constituée en vue de coordonner les différentes cellules montées dans les paroisses. Cette équipe est formée des représentants de la Caritas du Nord-Est, du Bureau Diocésain d’Education, de la Solidarité Frontalière, des Sœurs de Saint Jean l’Evangéliste, de Justice et Paix et des représentants de la Radio diocésaine, Radio Parole de Vie.
4.3. Ces structures comptent faire le pont pour obtenir une aide humanitaire pour le Diocèse du Nord-Est en vue de satisfaire aux besoins élémentaires des sinistrés qui arrivent de Port-au-Prince.
4.3.1. Au niveau de la santé, en cherchant à accompagner les victimes dans leur quête de soins sanitaires.
4.3.2. Au niveau de l’Education, en cherchant à renforcer les capacités d’acceuil dans les écoles existantes en vue d’acceuillir les élèves qui viennent de Port-au-Prince. Nous formulons le vœu qu’une aide alimentaire et des kits scolaires soit accordée aux élèves sinistrés.
4.3.3. Au niveau des Familles, en donnant un accompagnement pastoral visant à identifier les victimes venant de Port-au-Prince qui viennent alourdir leur responsabilité.
5- N’est-il pas opportun de penser à renforcer et à mettre en place des infrastructures scolaires, universitaires, sanitaires, et d’autres services visant le développement durable du Département du Nord-Est de manière à réduire l’exode et la migration des Nordésiens !
6- Nous renouvelons notre présence aux côtés de toutes les victimes à quelque niveau que ce soit. Nous leur manifestons notre solidarité et notre amour. A tous les survivants, nous les invitons à rendre grâce au Seigneur. A toutes les familles endeuillées, nous leur présentons nos sympathies et nous leur disons courage ! A tous ceux qui viennent aider nos frères et sœurs à vivre ces épreuves et à tous ceux qui posent un geste de solidarité à leur éagrd, nous les remercions tous ! Quant à ceux qui sont morts, nous les recommandons à la miséricorde de Dieu qui est source de toute bonté.
7- Enfin, nous vous confions à la prière et à la protection maternelle de la Vierge Marie, Notre-Dame du Perpétuel Secours, Patronne d’Haïti. Puisse le Dieu, Père, Fils et Esprit Saint nous illuminer et nous fortifier pour la reconstruction d’une nouvelle Haïti. N’ayons pas peur, le Seigneur est avec nous !
Donné à l’Evêché de Fort-Liberté, le 19 janvier 2010.
retour au haut de la pageJe sais que vous voyez, lisez plein de nouvelles... Nous sommes toujours dans la stupeur... et chaque jour nous prenons plus conscience de l'ampleur de cette catastrophe... Il y a les nouvelles de ceux que nous connaissons qui ont disparu: religieux... Et autres... gens proches par l'amitié ou par le travail... il y a les familles dans l'inquiétude autour de nous...
La nuit la plus terrible vient de s’abattre sur Haïti ! Oui, Haïti est plongé dans la nuit ! Nuit de la douleur ! Nuit de la mort ! Nuit de la peur ! Nuit de l’horreur ! Nuit des décombres ! Nuit de l’inquiétude !
Il serait peut-être plus sage de rester sans mot… et pourtant pour exorciser la douleur, il faut la crier à la face du monde entier… Haïti le pays le plus pauvre de la planète.
Haïti dans la rue et les décombres, à la recherche de ses enfants sur la route du retour de l’école, au secours de ses blessés, à la recherche de ses disparus… Haïti saisie jusqu’aux entrailles, Haïti la douloureuse…
Alors, Haïti serait-elle la mal-aimée, la maudite, condamnée à se résigner, à courber le dos, à tendre la main pour subvenir jusqu'à demain ?… Depuis le 12 janvier a 4h53 (p.m.) Haïti est de nouveau plongé dans l’effroi, dans la douleur, dans l’angoisse et même dans la colère… pourquoi ? Une catastrophe de plus ? Une de trop ?
Les nouvelles vous sont déjà parvenues par Internet sur la ville de Port-au-Prince et sa banlieue, Jacmel, aux Cayes, villes du sud-ouest de l’île. Ma communauté religieuse « Apostolique de Marie Immaculée » se trouve en mission dans le Nord-est de l’île, a la frontière avec la république Dominicaine. C’est une zone montagneuse et difficile d’accès à partir de Ouanaminthe. Nous avons ressenti les différentes secousses du séisme.
48 heures après, nous prenons de plus en part conscience des conséquences qui vont s’étendre a tout le pays. Port-au-Prince était le cœur et le poumon de la vie du pays. Tout y était centralisé de la vie politique, administrative, économique, éducative, culturelle. Tout partait de la capitale pour aller en province et l’on allait de la province a la capitale pour régler tous les affaires: de la carte d’identité, au permis de conduire et autres pièces officielles très utiles passant par les archives nationales…
Le déplacement des populations ; exode vers la province 48h après, les gens qui quittent la capitale pour venir rejoindre leurs familles pour plus de sécurité, pour l’habitat, pour la vie de tous les jours, nourriture, eau…
La vie économique : déjà le coût des produits de première nécessité est monté ; le coût des produits alimentaires, l'effondrement des bâtiments, le manque de communication, de nombreuses banques à Port-au-Prince obligent toutes celles de province à rester fermées. Tous les fonds sont bloqués ; on ne peut plus faire de transaction.
Que vont devenir les commerçants de province ? Qu’est l'avenir des projets ? Ceux que nous soutenons ? Ceux qui sont soutenus par de nombreuses ONG ?
La circulation des marchandises : dans les grandes villes comme le Cap-Haïtien le carburant se fait rare ou est vendu au « marche noir.» Comme au temps de l’embargo après la chute du président Aristide, de nouveaux commerces vont surgir ; celui des carburants achetés par fûts sur la Rep Dominicaine puis revendu dans la rue par gallons d’où une affluence de population sur les villes frontières comme Ouanaminthe. D’où surpopulation dans une ville déjà surpeuplée, sans infrastructure, sans grande capacité d’accueil sinon dans un habitat de fortune, de promiscuité entraînant débauche, trafic plus accru de drogue, de vols…d insécurités. Or, tout cela est déjà là…
La santé ; nos structures ne sont pas touchées mais l’effondrement des grands dépôts pharmaceutiques va entraver le fonctionnement des structures sanitaires ; hôpitaux, dispensaires, centre de récupération nutritionnelle pour les enfants… Il faudra combien de temps avant de pouvoir nous réapprovisionner puisque tout dépendait de Port-au-Prince.
L'éducation: toutes les écoles sont fermées. A Mont-Organisé nous n'avions pas encore fait la rentrée de janvier à cause d'un temps très pluvieux...Maintenant nous sommes là dans l'attente... et puis il y a toutes les familles frappées par le séisme ou dans l'inquiétude n'ayant pas de nouvelles des leurs... Difficile de se mettre à l'ouvrage, d'avoir la tête sur les études!... Peut-être une année de perdu...
Une autre inquiétude devant l'importance de l'aide internationale qui va arriver, qu'on promet... Qui est en mesure de prendre en charge une situation tellement chaotique...? Qui gouverne...? Où sont les structures de l'Etat...? Avant, c'était déjà difficile et compliqué... Alors...
A plus. Je vous embrasse.
Béa
retour au haut de la pageLe 20/01/2010
Me voilà enfin… nous sommes toujours un peu « sonnés ». Ce matin à 6 h. il y a eu un nouveau tremblement, certaines personnes l’ont perçu, comme Cadette et d’autres pas, comme moi pourtant assise à côté d’elle à l’église.
Pour nous les sœurs, seule Altagrâce a des morts dans sa famille : 1 sœur qui laisse une orpheline, peut-être 8 – 10 ans je ne sais plus, mais on ne sait pas où elle est actuellement et le compagnon de sa jeune sœur et leur bébé de 8 mois avec lequel j’ai beaucoup joué le 1er janvier.
Merci de penser aux zones qui n’ont pas de dégâts matériels… car il n’y a pas que cela… Beaucoup de familles sont touchées… Tout le monde retourne au lieu d’origine de sa famille.
Ce matin nous étions en réunion, les religieux(ses) de Ouanaminthe et quelques laïcs pour voir comment nous organiser. Il y a déjà une commission bi nationale qui travaille pour la santé… prendre soin des blessés qui rappliquent ici. MAIS… le Curé de la paroisse voisine, en République Dominicaine, est venu nous dire ce matin qu’on vient de lui remettre 12 personnes qui ont été opérées… il faut qu’elles fassent un bout de convalescence pas trop loin de l’hôpital… Il faut donc que nous essayons de trouver quelques lits…
Actuellement nous allons commencer, plus exactement, continuer à faire le recensement
1 des familles qui ont des personnes décédées
2 celles qui ont des personnes blessées physiquement
3 celles qui ont reçu des personnes de leur famille, pas blessées, mais souvent traumatisées.
Une femme de 70 ans vient de voir arriver chez elle 12 membres de sa famille… il n’y a pas assez de place pour tout ce monde et comment leur donner à manger… Nous ne voulons pas faire un centre d’hébergement… normalement les personnes qui viennent ici ont de la famille ici, sauf exception… Il semble, si j’ai bien compris que des familles se sont mises ensemble pour envoyer des bus, camions, chercher leurs familles à Port au Prince… Hier nous avons découvert que des personnes qui sont de Port-au-Prince, ne sachant pas où fuir, ont profité d’un bus et sont montées sans savoir où elles allaient… Que faire ??? ce matin nous avons plutôt opté pour voir si une famille ou plusieurs ne pourraient pas les prendre en charge, et ces familles seraient aidées.
Les besoins sont donc immenses… et il va falloir durer dans l’aide… beaucoup d’aide est concentrée dans les zones sinistrées, et encore plus à Port au Prince. Nous ici, petite ville quand même de 75 000 habitants nous disait un Jésuite samedi, nous avons la chance quand même de quelques personnes ressources… Dans ce que j’ai appris ce matin, il y a quelques jeunes psychologues qui sont de retour ici, nous allons les mettre à contribution pour une possible aide psychologique pour ceux qui le veulent…
A Carice il y a beaucoup de familles qui ont perdu des proches, j’en connais un certain nombre… un certain nombre sont blessés, traumatisés. Ils ont organisé une collecte dimanche dernier pour essayer d’aller récupérer les personnes toujours à Port-au-Prince, ils ont ramassé une bonne somme… Pour l’urgent c’est bien, mais après ??? Il faut bien que les gens comprennent qu’il y a, certes, urgence, mais il faut planifier et ne pas faire n’importe quoi avec les dons.
Chaque après midi il y a des réunions de prières charismatiques, mais aussi chapelet… puis en fin d’après-midi, ils vont prier chez les personnes qui ont des victimes… Cadette y va, c’est très beau…
>Voilà ce que je peux dire aujourd’hui.
Yolande
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