"Du tourisme en église"

par Christian Duriez      
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L’autre jour, les responsables de pèlerinage de la région PACA étaient réunis à Cotignac (Var). Nous causions. Quelqu’un a dit : "Chez moi, il y a de plus en plus de touristes qui passent. Que faire avec ? »… Pauvres de nous ! Un touriste, ça passe, oui, c’est curieux voire effronté, ça ne fait pas toujours la génuflexion, et la plupart du temps, ça ne demande rien ! Pensez donc ! Envahissent nos sanctuaires des gens imperméables, souvent même allergiques à la prière, au chapelet, aux processions, et – ce qui est pire – à nos enseignements. Que faire ?

Peut-être faut il réfléchir : au lieu de se demander comment faire avec les touristes, mieux vaudrait chercher comment être avec ?

Le souci lancinant de l’évangélisation peut nous amener parfois à des pratiques douteuses : un dimanche matin, en randonnée avec des cousins, nous passons près d’une chapelle de pèlerinage. Deux jeunes Sœurs, très accortes dans leur complet franciscain, nous abordent : "Venez, la Messe va commencer ! » Refus poli de notre part. Deux fois, trois fois elles reviennent à la charge ; il a fallu que je leur glisse un « Vous savez, nous on n’est pas pratiquants », pour provoquer un repli désordonné des robes brunes… Proposer une fois, ce peut être de l’audace évangélique ; mais trois fois, cela frise un prosélytisme assez mal venu. Nous ne sommes pas loin de l’attitude dénoncée par Jean-Louis Schlegel : "L’important est que les choses soient dites, peu importe leur réception1 ».

"le touriste est une chance pour nous parce qu’il est l’occasion de convertir à l’écoute l’engeance prêcheuse que nous sommes."

Comprenons-nous bien. Il est entendu qu’un pèlerinage est un lieu de prière, de retraite à l’occasion, de halte vers Compostelle, de proposition de la foi. Mais est-il seulement cela ? Car il y a aussi … les touristes. Lors de cette réunion à Cotignac, j’ai entendu à satiété : témoigner, adorer, processionner, prier. Mais pas une fois n’ont été prononcés : écouter, comprendre, questionner, dialoguer. Or le touriste est une chance pour nous. Non pas comme un nouveau gibier que nous finirions par piéger dans nos sanctuaires, mais parce qu’il est l’occasion de convertir à l’écoute, l’engeance prêcheuse que nous sommes.

Donc, la question serait plutôt : quel visage d’Eglise présenter aux curieux qui passent chez nous parce que le sanctuaire fait partie du circuit touristique ? Comment « être avec » ? Car un lieu de pèlerinage, une paroisse très visitée comme St Ferréol sur le Vieux Port de Marseille, peuvent être de véritables vitrines de l’Eglise pour tant de gens qui, hors de l’errance touristique, ne songeraient même pas à entrer.

Si l’église est sombre, vieillotte, traînant des relents d’encens refroidi, peuplée de statues et d’angelots, si les gens n’y voient qu’une rangée de confessionnaux certes bien astiqués, qui les empêchera de voir confirmés leurs préjugés voyant l’Eglise comme une vieille chose usée, vaguement folklorique, mais surtout loin de la vie, de la vraie vie là dehors, comme hors du temps ? Changer le regard des gens sur l’Eglise, ou du moins leur en montrer un autre visage, plus jeune, plus dynamique et attentif au monde, cela ne fait-il pas partie de notre Mission ?

Loin de moi la prétention de donner Lumière en exemple, quoique… L’autre jour, j’ai trouvé une bande de collégiens en arrêt devant l’immense carte du monde où sont pointées les « implantations oblates ». Questions, étonnements, même un temps de rêverie pour ces 5èmes plutôt portés à chahuter. Puis ce fut un autre arrêt devant le panneau sur le Nord-Cameroun, devant l’affiche de Pax Christi. Ils n’en demandaient pas tant, ces petits, mais ils étaient ravis. Et moi aussi, j’étais heureux, content de leur avoir ouvert une fenêtre sur le monde.

De toutes façons, il s’agit de respecter les gens, d’être là simplement, prêt à répondre à d’éventuelles questions, telle la dame tombant en arrêt devant la statue de St François d’Assise et me demandant : "C’est qui ce curé-là ? » Peut-être faut-il laisser les touristes deviner qu’au delà de leurs idées toutes faites sur l’Eglise, il y a autre chose. Peut-être en resteront-ils là, peut-être iront-ils plus loin, peut-être… Mais cela n’est plus notre affaire.


Christian Duriez

1Jean-Louis Schlegel – La religion à la carte – Hachette 1995, page 40

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