

Antoine, diacre depuis quelques mois, a été ordonné prêtre par monseigneur Schockert. Il sera désormais au service de la pastorale des migrants, spécialement détaché pour les communautés hmongs.
Alexius, jeune Oblat nigérian en formation théologique à Lyon, a été ordonné diacre, serviteur,en vue du sacerdoce.
Maï est au premier rang de l’église. Assise entre sa maman et sa grand-mère, elle regarde : c’est beau, tous ces mouvements et toutes ces couleurs ! Elle-même, du haut de ses quatre ans, se trouve très très belle, habillée en costume traditionnel hmong. Beaucoup de personnes ont fait comme elle et l’église est remplie de couleurs vives : c’est la fête. Là-bas dans la sacristie, des hommes sont en blanc : des fantômes peut-être ?… à moins qu’ils ne soient des anges ! En tous, cas, ils sont heureux de se retrouver : certains discutent en se faisant de grandes embrassades, d’autres attendent tranquillement. Tiens ! un retardataire… Il se dépêche d’enfiler une aube avant de se faufiler dans la procession qui se met en route…
La cérémonie est bien longue pour une petite fille de quatre ans ! Là-haut, autour de l’autel, des ouvements, des gestes, des paroles et des chansons retiennent son attention… pour un temps. Et puis, Maï se met à bailler. Pendant ce temps, à l’appel de son nom, Alexius monte près de l’évêque qui le choisit comme diacre. Chy, déjà diacre depuis quelques mois, le suit. L’évêque le choisit comme prêtre. A ses côtés, Pinkèo, le responsable de la maison de formation oblate, est ému. Peut-être a-t-il dans la tête des images vieilles de vingt ans, quand Chy, lui et quelques autres devenaient ensemble missionnaires oblats, avant que la vie ne les fasse prendre des routes, pour un temps, séparées.
Pheng a fini par s’endormir sur son chapeau, mauvaise balle mais bon oreiller ! Quant à Maï, elle joue tranquillement avec sa grand-mère. De l’autre côté, au premier rang, une vieille femme est restée assise. Son mari est à ses côtés, debout. Ils ne lâchent pas Tchy - leur fils - des yeux. Etrange et belle intensité du regard ! On m’a dit que lui fut jadis au Laos, le premier chrétien du village. C’était en 45 ; sa mère n’était pas d’accord car elle avait peur qu’il se fasse manger par les démons. Mais jusqu’à aujourd’hui, dira-t-il un peu plus tard dans la soirée, les démons ne l’ont toujours pas mangé ! Est-il fier de son fils, premier prêtre hmong en France ? Debout, légèrement courbé mais bien campé sur ses jambes, les doigts croisés en prière, son attitude laisse transparaître une tout autre profondeur ! Après la messe, durant la fête traditionnelle hmong, il montera à l’autel, expliquera que désormais, son fils ne s’appelle plus « Tchy » mais « Tchu Voua Tchy » parce qu’aujourd’hui, il est devenu adulte. Et à cet adulte, lui l’ancien donnera un conseil : quand on choisit sa voie, on essaie de tenir le cap et ne pas faire marche arrière !
"Durant la prière eucharistique, Maï est restée assise. Son petit frère, lui, s’est mis debout. A sa hauteur de petit bonhomme, seul au milieu de géants, il joue avec son chapeau. A l’autel, Yves, le responsable oblat, prie pour l’évêque de Rome, pour celui du diocèse de Lyon et pour l’évêque qui vient de célébrer les deux ordinations. Il prie également pour Alexius et Tchy, pour que la joie et la force du Ressuscité les accompagnent tout au long de leur route. Alors Tchy, pour sa première prière eucharistique, prie pour ses ancêtres et, au moment du baiser de paix, descend en direction de ses parents. Là, à plusieurs reprises, il se prosterne devant eux. La vie est un tel cadeau. Merci !
La joie n’a plus lâché les personnes. Beaucoup se sont dirigées vers Cu Voua Tchi pour être bénies par le nouveau prêtre avant qu’une cérémonie traditionnelle honore plus particulièrement la culture hmong. Pendant ce temps, sur le parvis de l’église et dans la cour de l’école, les gens ont manifesté leur joie de se rencontrer, retrouver des anciens ou faire connaissance avec des nouveaux. Plus tard dans la soirée, le repas - nigériano-hmong comme il se doit – a ravi tout le monde ; Alexius et ses amis africains un peu perdus au milieu de toute cette foule hmongo-gauloise - étaient heureux, simplement ! Dehors, avec ses copains, Pheng a joué tard dans la nuit… nue tête !Bertrand Evelin
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