6- Mettre mes pieds sur la terre des ancêtres
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Si j'ai bien compris la formation oblate, après vos trois années de philo et avant de démarrer la théologie, vous faites normalement un stage sur le terrain. Et donc, on t'annonce que tu pars au Bangladesh...

Cathédrale saint-sauveur à Aix-en-Provence

Non ! Quelques jours avant de partir en vacances, j'ai rencontré le responsable provincial du Cameroun qui m'a demandé comment avait été mon année. Je lui ai dit que le fait de faire de la philosophie m'apportait beaucoup, que je n'étais plus le même. Mais, ai-je rajouté, peut-être que ce que j'ai reçu pendant ces trois années portera des fruits plus tard. Il faut un temps de maturation, quand on met les choses dans le compost !

Il m'a dit : « Si on te demande de rester quelques temps à Yaoundé ? » J'ai répondu : « Si c'est important, pourquoi pas ? Mais sinon, j'aimerais rentré en congés car j'ai fait deux ans ! » Il a dit : « Et si on te demande d'aller plus loin ? » - « Plus loin ? » Et il a ajouté : « Ok ! Les formateurs ont fait leur proposition et cela a été approuvé pour que tu ailles en France, à Aix-en-Provence ! »

Attends ! Tu es en train de me dire que tu avais fait trois ans de philo, que tu trouvais important de mettre tout ce que tu avais appris dans le compost, et donc que pour cela, tu venais à Aix-en-Provence ! Les Provençaux vont être contents...

Oui... Heu, Aix-en-Provence n'est pas du compost ! C'est une image.

Plus sérieusement, que venais-tu y faire ?

Le responsable des Oblats de France, m'a dit que je venais d'abord pour découvrir : « Laisse de côté le fait que tu n'auras pas fait ceci ou fait cela, tu viens pour découvrir, voir la réponse de tes confrères aux besoins missionnaires dans ce pays, le voir à partir de ce que tu portes en toi. A ce moment, tu pourras apporter quelque chose ».

Que retiens-tu de cette année à Aix-en-Provence ?

église de la mission à Aix-en-Provence

Ce que j'avais vu au noviciat, cela continuait. A Aix, j'ai vu la diversité : Benoît à Pause-Midi, Luc à la prison, Dominique au Centre International de Mazenod, Jean à l'économat, Jo comme responsable de la communauté, et les autres s'occupant de la chapelle des missions, l'autre Luc à la paroisse. Ce que j'ai appris, c'est ce brassage. On le sent dans les réunions communautaires. Comme je n'ai pas fait mon stage uniquement à la maison, mais également à la paroisse, j'accompagnais une femme laïque qui allais voir les Gitans. Il y avait aussi Pause-Midi, une présence de gratuité. C'est un lieu d'accueil pour des étudiants en haut du cours Mirabeau. C'est difficile au départ. Tu te dis :« Mais qu'est-ce que je fais ? ». Mais quand les jeunes viennent, à certains moments, ils te posent des questions, et il y a les temps de partage avec les permanents et les bénévoles.

Aix est la ville de naissance d'Eugène de Mazenod, le fondateur des Oblats. Cela t'a fait quelque chose d'être dans cette ville-là ?

Oui ! Il y a eu un côté émotionnel. Quand je suis arrivé, les deux premiers mois, vraiment j'étais émerveillé et je sentais ma dette. Par exemple, quand j'étais à la chapelle, la chambre du fondateur, pour la méditation. C'est comme si j'étais là où étaient les aînés. Pour moi, mettre mes pieds sur la terre des ancêtres, c'est très fort !

Mettre tes pieds sur la terre des ancêtres... Tu veux dire quelque chose de précis ?

Dans la tradition ngambay, on ne se donne pas la vie, on la reçoit ! Du coup, l'ancêtre est comme une présence de soutien, une protection. Mais à l'inverse, sa mémoire doit être sauvegardée. Si je mets mes pieds dans les traces de l'ancêtre, j'atteste sa vie, ce qu'il a fait de constructif. Et moi, de même, c'est comme si je me donne la volonté de dire : « Moi aussi, je veux faire de même ». Si tu veux être fidèle à la tradition, tu dis que tu voudrais garder la valeur de ce qui fait l'être ngambay. Pour les enfants qui sont ailleurs, un jour ils rentrent chez eux, et ils ont ce contact-là.

Et cela t'a fait la même chose d'être sur le lieu des ancêtres oblats ?

Voilà, c'est ça ! Et j'ai découvert aussi le visage d'Eugène comme évêque de Marseille et son coeur de pasteur.

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