4- Ce sont mes frères,
que ça aille ou que ça n'aille pas
page précédente

retour

Le noviciat est cette période d'un an où l'on chemine, où l'on apprend ce qu'est la vie religieuse, et où l'on essaie de voir si on se sent appelé à vivre cette vie-là. Que retiens-tu de cette période ?

Au départ, on était dix-huit. Deux ont quitté durant les premiers mois, et finalement, nous étions quatorze à prononcer nos voeux. Ce qui m'a marqué au noviciat, c'est d'abord un lieu où j'ai fait une expérience personnelle. Je n'ai pas eu des visions, pas du tout, mais j'ai fait une expérience personnelle de Celui que j'ai choisi de suivre. J'étais là et il n'y avait pas autre chose.

Il y avait les activités, d'accord, mais la régularité dans la prière fait que tu ne peux pas faire semblant d'être là tous les jours pendant un an. A un moment, tu décroches ! Il se fait une opération vérité. J'ai fait l'expérience de la prière et de sentir en moi une force, que ce que je fais ne venais pas simplement de moi.

Une autre chose, c'est un peu difficile à dire, mais c'est la vie avec les autres. Quand je dis « avec les autres », c'est au sens positif comme au sens d'un défi.

Un défi ?

Oui ! Avec les frères de communauté, ce n'était pas toujours évident et il nous est arrivé de nous affronter. Je pense au moment de la correction fraternelle : on essaie de se dire les choses. Que tu soies content ou pas, on te le dit ! Et avec ces mêmes frères, quand tu es dans le besoin, il y a des moments où tu sens la chaleur fraternelle. Et avec eux encore, vous chantez à la chapelle l'office ensemble ! Pour moi, ce sont des moments privilégiés. Ce sont mes frères, que ça aille ou que ça n'aille pas ! On nous reconnaît comme frères, et moi je les reconnais comme frères dans les moments de joie comme dans ces moments de difficulté !

Le fait de ne pas être tous de la même nationalité, voire de la même ethnie, a renforcé cette expérience ?

Oui, c'est important, c'est même fondateur. Ne serait-ce qu'à table ! Au départ, nos frères nigérians, qui sont de culture anglophone, arrivaient pour le petit déjeuner ; ils voyaient qu'on avait du pain puisque nous, nous sommes plutôt de culture francophone. Ce n'était pas l'habitude pour eux et ils disaient : « On va faire un an ensemble et tu me donnes ça ? ». Au fond, les différences culturelles nous obligeaient à regarder ce qui fondait le fait d'être ensemble, à savoir l'Evangile. Du coup, nos caprices étaient relativisés. La même chose avec le regard que les Camerounais portaient sur les Tchadiens. Et je ne parle pas du football où, entre le Tchad, le Cameroun et le Nigéria, il y a parfois des choses qui titillent !!! Mais cela nous a permis de nous reconstruire sur des choses fondamentales.

page précédente

retour
suite