Nouvelles du Tchad

par Philippe Alin      
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Nous voici à l’entrée de la semaine sainte avec les grandes célébrations de la Pâque. Il y aura un peu partout des baptêmes dans notre Diocèse, l’an dernier il y en a eu 2 466, c’est toujours à peu près le même nombre ; la question étant de se demander ce qu’il en est après un ou deux ans. En France aussi il y a de plus en plus de baptêmes cette nuit-là. J’irai dans une paroisse du Père Lukas, un oblat polonais qui est arrivé il y a un an et qui a repris deux paroisses plus ou moins abandonnées.

Nos sommes entrés dans la période des grandes chaleurs, où le soleil monte jusqu’au zénith pour aller au-delà au nord. Mais ce matin coup de fraîcheur et vent du sud avec humidité. Les pluies seraient-elles proches ? Espérons-le car les nappes phréatiques sont au plus bas : les puits sont à sec, celui de Torrock est presque vide et le fond c’est du granite….Le Père Jos qui m’y a succédé fait des réserves avec des fûts en puisant à la main le peu d’eau qui sourd ; la pompe est inutilisable ; il attend la pluie avec impatience.

Depuis Noël j’ai été pris par la mise au propre du compte-rendu de l’Assemblée des Evêques du Tchad. J’avais noirci 70 pages du bloc-notes. J’ai réduis à 35 pour finir. Tour d’horizon très intéressant sur tous les diocèses du pays (8), avec des problèmes très différents bien sur. Revue aussi de tous les organismes nationaux de l’Eglise : séminaires, comité du Sida, les écoles et collèges, la santé, comité Justice et Paix, déplacés du Darfour, relation avec les protestants, l’islam et bien sur : les finances, cotisation pour les retraites des abbés africains… Un tas de sujets très divers et qui nécessitent vigilance, contrôle, suivi etc. C’est notre évêque Jean-Claude BOUCHARD qui est président de la conférence du Tchad, si bien qu’il est souvent très pris par ces problèmes nationaux qui se règlent toujours à NJAMENA, à 500 km d’ici. Il est du reste trop chargé et souvent fatigué. A cette occasion aussi plusieurs ministres du gouvernement sont venus, celui de la Santé nous a particulièrement marqués par sa franchise et son courage devant les énormes problèmes de ce département. Il y a des accidents tragiques, mon voisin a perdu sa petite fille de 2 ans, joie de tout le quartier, par une surdose d’anti palud. Ce ministre nous disait que même écrire une simple lettre officielle était un problème pour lui. Courageux ministre !

Quant à moi, je me porte très bien ; je n’ai plus de grosses responsabilités, que des petits boulots ici et là et cela me convient très bien. Mes yeux semblent stationnaires. Mes vertèbres se réveillent de temps en temps et ça passe. Je profite du Carême pour réduire la consommation d’aliments : je suis rendu au dernier trou de ma ceinture ! Il est temps de réagir. Je rentre en France pour des contrôles le 5 juin. C’est un peu inutile… Pour la semaine sainte je vais chez Lukas à Moursalé, à 23 km. d’ici. J’ai toujours les accompagnements des jeunes qui me racontent leur vie pour y voir un peu plus clair, ils sont pleins de clarté et de spontanéité, j’apprends beaucoup avec eux, ils me décrivent souvent leurs rêves, reflets symboliques de ce qu’ils vivent au-dedans. Ils veulent rentrer chez les Oblats ou au séminaire.

Assez bavardé : je vous souhaite de joyeuses Pâques, un gai printemps avec beaucoup de fleurs dans vos massifs et beaucoup de petits enfants pour les cueillir ! Je vous embrasse.

Philippe Alin