

Savons-nous que quatre missionnaires oblats, en ces derniers 659 jours, ont été tués dans le monde ?
Il y a une page, unique dans les synoptiques, de l’évangile Luc que presque tout le
monde connaît, y compris les chrétiens non-pratiquants et les non-chrétiens. Il s’agit de la parabole dite du bon samaritain (10, 25-37). Eh bien, il peut nous arriver que nous soyons comme ce prêtre ou ce lévite qui « descendait de Jérusalem à Jéricho » dans cette belle histoire de Jésus : nous voyons, nous constatons, nous savons et hélas nous « passons de l’autre côté du chemin », faisant semblant de ne pas avoir vu… !
Bref, savons-nous que certains de nos confrères oblats dans le monde, non seulement dans le passé mais aussi encore aujourd’hui, sont « tombés sur des bandits ; ceux-ci, après les avoir dépouillés, roués de coups, s’en allèrent en les laissant à moitié morts » parfois aussi abattus et donc tués devant les yeux d’autres confrères ? Nous aussi, nous pouvons courir le risque, face à une telle triste nouvelle de famille oblate, de rester dans une certaine insensibilité ou indifférence.
Combien d’entre nous, c’est-à-dire des 4 244 missionnaires oblats de Marie Immaculée (selon les statistiques générales publiées dans Information OMI, n° 485 de février 2009) connaissent, dans notre chère congrégation religieuse – je préfère plutôt le terme de « famille » – le nombre d’Oblats qui ont donné leur vie par mort violente, depuis la fondation, de 1816 à 2009 pour la noble cause de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus ?
Parfois par manque de temps, mais souvent par négligence – avouons-le – nous ne lisons même pas les nouvelles de notre famille religieuse d’appartenance et donc nous ignorons tout ce qui peut arriver à certains de nos confrères dans le monde, puisqu’ils font partie de notre unique et grande famille.
En revanche, peut-être nous sommes bien au courant, quotidiennement, de tous les nombreux attentats « kamikazes », de voitures piégées, des nombreuses personnes qui se font sauter et exploser en l’air, autrement dit – parce que c’est justement de ça qu’il s’agit et pire encore – se suicident tout en tuant en outre beaucoup d’innocents de tous les âges. Le comble c’est que presque toute la presse internationale – de n’importe quelle tendance politique et religieuse, au sens large du terme – en parle comme d’un nouveau phénomène le définissant « les nouveaux martyrs » qui hériteront d’un certain soi-disant « paradis » pour la simple raison d’avoir mis fin à leur propre vie et d’avoir éliminé celle des autres.
On dirait que c’est vraiment le monde à l’envers, la plus haute contradiction du sens de la vie, de plus en plus banalisée, et qui n’a plus aucune valeur et aucun prix. Oui, la presse écrite et les images nous offrent ces informations présentées sur les différents plats des médias : radio, télévision, internet, etc. Nous sommes presque gavés par toutes ces nouvelles négatives à l’ordre du jour, à la seconde ou à la minute près, grâce aux technologies de plus en plus performantes du monde digital, électronique et virtuel.
N’oublions pas cependant que notre vie, par contre, n’est pas du tout virtuelle, mais elle est si bien belle et concrète, dans le meilleur et dans le pire des cas… ! Savons-nous par contre que quatre missionnaires oblats, en ces derniers 659 jours, ont été tués dans le monde ? Et surtout lisons-nous les circonstances dans lesquelles ils ont été abattus ? En parlons-nous dans nos respectives communautés et aux gens rencontrés dans nos multiples lieux d’apostolat et de ministère missionnaire ? Et pourtant il s’agit bien de nos confrères, de membres de notre famille, des hommes de bonne volonté qui n’ont voulu nullement nuire à la vie des autres.
En revanche, ils ont essayé d’aimer la vie des autres, de se mettre à leur service, de les écouter, de se faire porte-parole des sans voix, de les respecter dans leur différence et leur spécificité traditionnelle, culturelle et religieuse, etc. Ils ont essayé de vivre tout simplement comme missionnaires « oblats » de Marie Immaculée, comme le sens du terme même l’indique si bien : des hommes religieux qui « donnent en offrande » leur vie à Dieu, par l’intercession et à l’exemple de Marie, au service de l'Église universelle – parfois malaimée, malmenée et mal comprise de nos jours – et, de préférence, au service concret « des pauvres aux multiples visages » dans l’aujourd’hui du monde.
Oui, savons-nous que, dans l’espace de temps de moins de 2 ans, quatre de nos confrères oblats ont été éliminés dans le monde ? Cela signifie, qu’un confrère oblat est assassiné tous les 5 mois, autrement dit, tous les 164 jours. Pour ceux qui ne le savent pas – mieux vaut se le rappeler – il s’agit, en respectant l’ordre chronologique, de :
Ce dernier confrère a été éliminé presque à la veille d’une très importante semaine pour notre famille oblate, à savoir :
L’assassinat de ce quatrième confrère oblat est-il un simple hasard, une pure coïncidence, ou comme disent certaines personnes du monde « c’était son destin ou le dessein de Dieu » ? Non, moi, j’aime plutôt croire, pour ainsi dire, que c’est un « exemple providentiel ». Oui, un exemple qui fait comprendre à tous les oblats d’aujourd’hui, et aussi aux jeunes qui voudront appartenir à notre famille dans l’avenir, que notre vie chrétienne, missionnaire et oblate doit être « donnée en offrande » totalement et jusqu’à ce prix, s’il le faut. Oui, même Jésus le disait à ses disciples : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jn 15, 12-14).
Jusqu’à quand cette page de l’histoire de la vie oblate restera-t-elle ouverte ? Va savoir ! Dieu seul le sait. Que St Eugène et les autres confrères oblats qui nous ont précédés dans le vaste champ apostolique et missionnaire et au Paradis, nous aident à être fidèles à la richesse de notre charisme et à offrir notre vie toute entière pour annoncer et témoigner de notre foi et de la Bonne Nouvelle de Jésus et à nous mettre concrètement au service de toutes les personnes, nos frères et nos sœurs, en humanité.