

5 avril : dimanche des Rameaux. Début de la traditionnelle Semaine Sainte. On écoute la lecture de la Passion du Christ racontée par les évangélistes :
« Il en a sauvé d'autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Que le Messie, le roi d'Israël, descende maintenant de la croix ; alors nous verrons et nous croirons (...) L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : « N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » Mais l'autre lui fit de vifs reproches : « Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (...) Quand arriva l'heure de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusque vers trois heures. Et à trois heures, Jésus cria d'une voix forte : « Éloï, Éloï, lama sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (...) Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l'esprit (...) Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s'ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. »>
En repensant à ces paroles, je me suis dit : « C’est un dimanche des Rameaux bien particulier et étrange que celui de 2009 ; il restera toujours gravé dans la mémoire du peuple des Abruzzes, et de toute la nation italienne ».
6 avril : depuis peu c’est lundi saint, lorsqu’à 03h32, au cœur de la nuit, la terre des Abruzzes se met à trembler terriblement. Le terrible séisme d’une violence inouïe (magnitude 6.7 Richter) met à genou la ville de L’Aquila et plusieurs de ses communes limitrophes.
En un éclair, le temps s'arrête pour toujours. Oui, c’est vraiment ainsi, le temps s'arrête à jamais. En tout cas pour les 294 personnes, ces pauvres malheureux qui passent, sans s’en rendre compte, du repos naturel humain au repos éternel divin. Parmi eux, 20 enfants, des adolescents, des jeunes, des adultes, des hommes et des femmes, âgés ou non, italiens et étrangers, chrétiens et même d'autres confessions religieuses. Tous ont été pris de surprise et soudainement enlevés. « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi… ? »
Une vraie catastrophe : les images impressionnantes montrent les maisons, les constructions, les édifices publics et religieux littéralement éventrés. Parmi et sous les décombres des habitations démolies, écroulées, explosées et détruites, plusieurs centaines de personnes sont littéralement enterrées vivantes, mais heureusement elles réussiront à s’en sortir, avec de simples marques ou des blessures profondes. Ce n'est pas tout à fait un lundi saint comme ceux des années passées : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi… ? »
Tant d'années de sacrifices et d'économies pour se construire une digne demeure familiale et pour donner un avenir à ses propres enfants et dans une poignée de secondes tout est balayé, rasé à même le sol, rayé de la carte. Tant de choses dans les maisons sont réduites en miettes et en poussière. Non seulement les maisons s’écroulent, mais avec elles, une partie vitale des gens s’en va aussi : lieux de naissance, chers souvenirs d'enfance et de la vie quotidienne. Tant de valeurs affectives sont évanouies et parties en fumée. Avec les maisons, même les rêves et les désirs s’écroulent, en compromettant sérieusement tout projet, l'espoir, l'avenir… « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi… ? »
Peuple des Abruzzes, peuple d'hommes et de femmes de bonne volonté, de profonde humanité et surtout d’un grand exemple de dignité : un exemple qui touche les cœurs de l'immense communauté internationale. À ceci, on ajoute l'opportune mobilisation nationale, le noble geste de ceux qui accourent à leur secours.
C’est le beau visage de l'Italie de la solidarité (sauveteurs, volontaires, médecins, infirmiers, etc.) : précieuse l’intervention rapide des sauveteurs pour venir à la rencontre de milliers d’évacués et de sans-abris. L’aménagement de villages de tentes, beaucoup de trains sont mis à disposition pour donner à 24.000 personnes un logement momentané et va savoir jusqu'à quand… Tant de familles et propriétaires d'hôtels ouvrent les portes de leurs maisons pour accueillir et recevoir les malheureux. Le triste bilan annonce 15.350 personnes sur la côte en 139 hôtels et 1.680 habitations privées, 29.000 sans abris, et 40.000 évacués.
D’autres, les 8.500 volontaires risquent leur vie pour sauver celle des autres, sous les décombres. Grâce aux unités cynophiles, même les animaux, devenus des « anges à quatre pattes », donnent un précieux coup de main, une aide vitale, une leçon exemplaire de solidarité. Leur animalité – tout en respectant la terminologie – a fait preuve d'humanité ; l'humanité par contre des chacals – hélas – a démontré par contre leur animalité. « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi… ? »
Puis comme si cela ne suffisait pas, il y a en qui, malheureusement, spéculent sur la souffrance d'autrui, gens mesquins, de mentalité étriquée et faisant preuve de bassesse humaine. C’est l’autre aspect du visage de l'Italie visage souillé par le pillage. Sommes-nous en face d’hommes-chacals ou de chacals-hommes ? Il s'agit de racaille, de personnes impassibles, insensibles au supplice de milliers de compatriotes. Ils entrent sans scrupules en action, en profitant de l'indescriptible tragédie pour nettoyer et dérober les habitations abandonnées, accaparant ces peu de choses qui restent dans les maisons, devenues impraticables et restées sans surveillance. Tant de contradictions dans la vie humaine… « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi… ? »
Heureusement il y a des moments de joie en voyant revenir à la vie, après 23 heures de recherche, Marta et ensuite, après 42 heures, Eleonora. C’est l'espoir que tout n'est pas fini. Plusieurs fois dans la journée les gens, déjà effrayés et terrorisés, remarquent et sentent se succéder les secousses comme s’il agissait d'un inexorable essaim sismique. Un reporter pose à une jeune maman la question suivante : « Et maintenant quel futur ? » La femme répond : « L’avenir je ne le sais pas, ça ne m'intéresse sincèrement pas. La vision de la vie maintenant a changée. »
Vendredi 10 avril : a été fixé comme jour de deuil national et des funérailles nationales des victimes frappées par le séisme. Le jour choisi coïncide, comme par hasard – les hasards de la vie – avec le Vendredi saint, en mémoire de la mort injuste du Christ sur la croix. Dans le monde entier, c’est l'unique jour de l'an liturgique dans lequel l’on ne célèbre pas l'eucharistie. Comment ne pas penser à ce qu’est arrivé il y a 2.000 ans ? Comment ne pas penser à ce qui arrive et se célèbre ce Vendredi saint 2009, devant 205 petits et grands cercueils alignés et placés côte à côte, aux pieds de l'autel ?
Même Jésus dans le moment le plus tragique de sa vie, face à la contradiction de l'humanité s'est adressé au Père avec nos mêmes paroles : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné… ? » Paroles qui d’alors à aujourd'hui attendent depuis toujours une réponse… Ta souffrance est la nôtre, ta mort injuste est la nôtre, la finitude de ta vie est la nôtre, ta Résurrection est la nôtre, ta Vie Infinie est la nôtre.
« Après le sabbat, à l'heure où commençait le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l'autre Marie vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus. Et voilà qu'il y eut un grand tremblement de terre ; l'ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus. Il avait l'aspect de l'éclair et son vêtement était blanc comme la neige. Les gardes, dans la crainte qu'ils éprouvèrent, furent bouleversés, et devinrent comme morts. Or l'ange, s'adressant aux femmes, leur dit : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n'est pas ici, car il est ressuscité, comme il l'avait dit. »
C’est Pâques pour tous. Et Pâques porte toujours un heureux message comme celui de cette boulangère qui gentiment offre le petit déjeuner pascal, en disant au journaliste : « agrippons-nous à nous mêmes, aimons-nous surtout parce que seulement ainsi nous réussirons à aller de l’avant ».
C’est la Pâque Eternelle de la Solidarité Humaine.