"Voyage au Niger :
Carnet de route en 5 étapes"

par Alfonso Bartolotta, omi      
retour vers "Noël dans un autre monde"


Introduction

Tout commence par hasard, au moins pour moi. Depuis un an, je travaille à mi-temps dans le diocèse de Lyon, et tout particulièrement dans deux domaines : la pastorale des jeunes et la coopération missionnaire. Il s’agit en outre d’offrir la possibilité, aux jeunes qui le désirent, de pouvoir faire et vivre une expérience missionnaire pour une courte ou longue période, comme ce fut le cas en ce voyage organisé par les Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs), et loin d’être touristique, pendant trois semaines en août.


1ère étape à Mours (à 40 km de Paris)

« Dieu est à Mours ! » dit-on ici !
« On est d’ak ! », disent les jeunes. Et en effet « Dieu est Amour ». Deux seuls jours essentiellement pour faire connaissance entre nous, et ensuite pour se mettre dans le bain, avant le décollage du vol AF 0732 vers Niamey, République du Niger, Afrique. Un cours super-intensif d’apprentissage de la langue Haoussa – tu penses… – juste pour se débrouiller à l’arrivée et faire bonne impression ! Voici la composition du groupe : un missionnaire père blanc polonais, notre expert guide, puis un missionnaire oblat – moi-même – mais aussi père et …blanc ! Et enfin 7 jeunes (dont 4 jeunes-filles et 3 jeunes hommes), la plupart encore étudiants, venant de France, Pologne et Italie. Les 3 jeunes hommes, loin d’être pères, ils sont toujours …blancs, et les 4 jeunes-filles, bien évidemment, ni pères ni sœurs, elles sont tout de même …blanches !


Et les raisons de ce voyage ? Bref : découvrir un peuple, une différente manière de vivre, de croire, de faire et de voir les choses, être proche de la communauté locale, un avant goût pour un éventuel grand départ dans le domaine humanitaire, et enfin, se découvrir soi-même aussi !

2ème étape à Niamey

« Sannu ! » (Salut !)

On parle souvent de « choc culturel » lorsqu’on débarque pour la toute première fois dans un autre continent. Eh bien, voici pour ces jeunes, trois jours d’immersion en douceur à la découverte de cette grande capitale pluriethnique, là où beaucoup de monde, et surtout, les jeunes générations se refugient pour tenter leur chance, en continuant leurs études ou en cherchant un travail provisoire ou définitif, pour ainsi dire !

Un pays de 14.000.000 d’habitants, grâce au fort accroissement de la population qui a doublé dans ces derniers 25 ans. Le paysage et le climat est comme celui d’autres pays sahéliens, tout le nord est presque désertique, mais le long fleuve Niger traverse le pays à l’extrême sud-ouest. La religion prédominante est l’islam (98%), les catholiques à peine 1%. Les longues promenades dans les différents quartiers, les visites des lieux historiques et religieux (la cathédrale et la grande mosquée), les grands marchés permanents, la vie quotidienne des gens et surtout les rencontres avec l’évêque et les missionnaires présents depuis longtemps sur ce vaste territoire nigérien, nous ont permis une ouverture à ce nouveau monde pour nous tous inconnu.

Suite à cette courte soi-disant « initiation accélérée », notre groupe s’est réparti en deux petits groupes : l’un en direction de Birnin Konni et l’autre vers Zinder. Tous ensemble, en route, pour parcourir une très longue route, dans un car qui comptait 70 adultes, à part le chauffeur et son « équipe technique » en cas de panne, et comme on lit dans les évangiles, « sans compter les enfants » et les bébés qui sont encore allaités par leurs mamans !

3ème étape à Birnin Konni (diocèse de Niamey)

« Sannu da zuwa ! » (Bienvenue chez nous ! »

Ça y est ! Nous sommes à l’intérieur du pays où d’autres découvertes nous attendent. Installation à la mission, super accueil de la part des jeunes du lieu, un programme établi avec eux et puis en route… Visite de la ville, des radios locales, des familles chrétiennes, du centre culturel, de l’hôpital, d’une communauté villageoise dans la brousse, y compris une ballade pour mettre nos pieds sur la terre du Nigeria, pays limitrophe, à ne pas confondre avec la République du Niger. Découverte des multiples activités humanitaires dans le domaine de l’alphabétisation en langues locales, de l’enseignement scolaire et de la promotion de la femme.

Beaucoup d’échanges intéressants et enrichissants sur plusieurs sujets lors de la rencontre avec les jeunes musulmans. Des moments de prière et la célébration de la messe du dimanche avec les communautés chrétiennes.

Et pour finir, tatouages sur les bras des jeunes-filles du groupe, match de football pour les jeunes hommes dans le grand terrain et soirée dansante pour tout le monde, mais au rythme chaud made in Afrique ou Africa ou encore Afrika ! Et en fait il faisait chaud malgré toutes les fenêtres ouvertes et les ventilos qui tournaient rond, accrochés au plafond de la grande salle !

4ème étape à Zinder (diocèse de Maradi)

Départ en car, mais avec un jour de retard… La raison : pas de places pour nous quatre bien qu’on avait acheté les billets d’avance et enregistré nos sacs à dos… et tout ça parce qu’il fallait donner la priorité à l’équipe de football imprévue ce jour-là ! « Yi hakuri ! » (Aie de la patience !) ou encore « Yi hakuri ma na ! » (Sois très patient !)

Le programme est plus au moins semblable au précédent, mais chaque lieu et poste de mission est toujours différent et surtout unique. Présentation de différentes activités menées par les missionnaires au service et pour le bien de la population, toute religion et croyance confondue. Les nouveautés par rapport à Birnin Konni : visite du nouvel établissement scolaire, des dispensaires de la santé (vaccinations et soins), de la maternité, du centre de dépistage et de soin de la lèpre, des lieux du grand Sultanat, de l’ancien centre historique avec les caractéristiques ruelles étroites surpeuplées d’enfants qui sortaient de partout, marché hebdomadaire du bétail (poules, ânes, chevaux, chèvres, moutons, vaches et surtout les chameaux).

Enfin grande sortie avec les jeunes en Toyota : trois dans la cabine du chauffeur et 21 derrière, dehors et donc en plein air, certains assis et d’autres debout, super animation, ambiance joyeuse, chantante et bruyante. Bref : la marque incomparable de la jeunesse planétaire d’aujourd’hui et …heureusement d’ailleurs ! Vive la vie !

Chemin faisant, toujours en Toyota, nous avons échappé belle et de justesse à un fort et violent orage, trouvant abri chez le tonton d’un des 21 jeunes, propriétaire d’un bar de son état. Un grand verre d’eau pour tous et en plus gratuit et gratos ! Quelle chance ! Et pour terminer ce séjour, une grande célébration dominicale avec partage du pique-nique autour des bols, échange des adresses postales, e-mails et des numéros de portables et puis les remerciements, à tour de rôle, des jeunes, ceux qui restent et ceux qui partent. « Sai wata rana ! » (A nous revoir un jour !). Ainsi va la vie !

5ème étape à Niamey 2 …le retour, comme dans les films !

Les deux groupes encore sur les routes et dans les cars, désormais familiers. Cette fois-ci c’est le groupe de Zinder qui doit faire preuve de courage : 937 km pour atteindre la capitale. A chacun son tour, comme on dit ! Levée à 04h00 du mat, un petit café en toute vitesse, chargement des sacs, enregistrement des bagages, longue attente et puis à 06h00 départ pour arriver à destination à 21h30. La joie de retrouver l’autre groupe et de pouvoir enfin manger et boire un coup tous ensemble ! Le lendemain derniers achats de souvenirs typiques et exotiques, chacun selon ses goûts et surtout selon l’argent qui reste encore dans les poches !


Tout le monde discute le prix « Nawa nawa ne ? » (Combien ça coûte ?), tout en croyant de faire une affaire lorsque le vendeur, tout souriant, dit « Kawo kudi ! » (Emmène l’argent !).

On se retrouver enfin pour un dernier repas ensemble en terre nigérienne, au bord du fleuve Niger, précédé d’un fort riche partage des nos impressions tantôt comme groupe tantôt comme individu. Tous unanimes que ça valait vraiment le coup de faire ce voyage et de vivre cette expérience. Le « choc culturel » initial des jeunes laisse la place au désir de revenir tout seul, mais pour un long séjour et dans un cadre humanitaire au service de ces gens qui nous ont si bien accueillis et enrichis.

A Niamey, je fais connaissance d’une religieuse sénégalaise et en plus de l’ethnie seereer, mais missionnaire au Niger. C’est vrai : le monde est vraiment petit, puisque j’étais missionnaire dans son pays et au milieu de son peuple ! Elle est dans sa quarantaine, à ne pas confondre « en quarantaine », à son premier voyage vers l’Europe et donc me demande de l’aider pour les formalités et aussi une fois à destination.

Il est 23h50, le 26 août, quand l’avion d’Air France décolle laissant le sol de la capitale du Niger pour ensuite atterrir dans la capitale française. A 06h05 nous voici à l’aéroport de Paris CDG, mais c’est déjà un autre jour : le 27 août.

La religieuse, comme nos jeunes lors du vol vers le Niger, est elle aussi confrontée au phénomène de l’inévitable « choc culturel », mais à l’inverse ! Tout est à découvrir ! Aura-t-elle un accueil si chaleureux en ce monde soi-disant ouvert et ultramoderne ?

On récupère les bagages et les sacs à dos et puis nous parcourons les interminables couloirs, nous montons et descendons les escaliers et enfin nous nous trouvons face à une foule immense de voyageurs arrivés avant nous.

Nous avançons au rythme lent des escargots, l’un derrière l’autre, le parcours est obligé et marqué, semblable au jeu de l’oie, les gens s’impatientent car il faut prévoir plus d’une heure pour arriver face aux guichets de la police pour le contrôle des papiers.

Je quitte la religieuse car nos chemins se séparent : elle prend la direction « passagers en dehors de la communauté européenne » et moi, celle des « passagers de la communauté européenne ». A mon tour, les formalités sont rapides. Du côté des « passagers en dehors de la communauté européenne » les formalités sont plus lentes : questions du policier, réponses du passager, double contrôle du passeport et du visa, en bonne et due forme et, pour la première fois, prise électronique des empreintes digitales pour pouvoir identifier quelqu’un au cas où…

Enfin je retrouve la religieuse, en lui disant : « tu vois, ici, c’est du n’importe quoi ! Bienvenue en Europe ! Tu verras : c’est vraiment un autre monde… ! » Je regagne le groupe des jeunes et nous prenons un café à la française, avant de nous séparer et en espérant de nous revoir prochainement pour l’après-Niger.

A notre guide polonais et père blanc : « Na godé ! » (Merci ! Au singulier).

Aux jeunes du groupe et aux gens rencontrés au Niger : « Mun godé ! » (Merci ! Au pluriel).

Amitiés !


Alfonso Bartolotta omi
le sicilien d’Italie aussi …père et blanc !


Ste Foy lès Lyon, le 15/09/2008
19 rue de Chavril, 69110 Sainte Foy lès Lyon - FRANCE
E-mail : albartem@yahoo.fr - Tél. 00.33/ (0)4.72.38.68.95 - Fax 00.33/ (0)4.72.57.93.66

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