Audacieux n° 29  -  avril 2008

 

TÉMOIN D’HORREURS

Nos missionnaires à l’étranger nous racontent ce qu’ils voient.  Hervé, par exemple, nous relate une histoire dont il a été témoin, une histoire de tuerie, de viol, de corruption, d’innocents en prison et de coupables impunis Toutes choses que nous savons bien (de loin) parce que nous les lisons dans nos journaux.  Toutes choses que nous voyons à la télé.  Mais Hervé, aumônier de prison au Tchad, voit tout ça de plus près.  Et il voit aussi plus loin.

Les principales victimes des exactions du banditisme et de la gendarmerie, ce sont les pauvres et les paysans.  Devant tant d’injustices et de haines gratuites, on est révolté.  Mais c’est alors qu’on réalise toute la force d’âme d’une Etty Hillesum, d’un Gandhi, d’un Martin Luther King et de tant d’autres.
Etty Hillesum, Juive d’Amsterdam dépor­tée et morte à Auschwitz, révèle dans son journal son itinéraire spirituel.  « Au camp, j’ai senti de tout mon être que le moindre atome de haine ajouté à ce monde le rend plus inhospitalier encore. C’est si facile, le désir de vengeance, mais ça n’apporte rien.  La saloperie des autres est aussi en nous… »
Quant à Olga, une Polonaise échappée par miracle de la chambre à gaz, elle fait remarquer à une doctoresse : « Vous auriez pu commettre les mêmes crimes si vous aviez été élevée dans l’Allemagne nazie : il y a un Hitler en chacun de nous.  Si je passe ma vie, qui a été épargnée, à semer des graines de haine, je ne serai qu’une de plus à semer la haine.  Si, au contraire, je parviens à engager sur la voie de l’amour une personne hantée par l’esprit de vengeance, j’aurai alors mérité d’avoir survécu. »
Citées par le frère Hervé Givelet,  o.m.i.

BERNARD EN THAÏLANDE

En 2007, à cause d’un adénome hypophysaire, Bernard a été retenu en France plus longtemps qu’il n’aurait voulu. Il a pu finalement repartir et reprendre ses engagements à l’université et au centre de détention.

A l’université, j’ai eu droit aux félicitations du recteur pour mes 35 ans de fidèle service dans le département de français.   Et on m’a demandé de signer un nouveau contrat de cinq ans.  Si bien que je suis actuellement plongé dans la correction de trois thèses :
  - l’une sur l’ambassade de France au Siam du temps de Louis XIV ;
  - une autre sur la place des écoles catholiques dans la réforme éducative à la fin du XIXème siècle ;
  - et la dernière sur le système éducatif et le rôle des Sœurs de Saint-Paul de Chartres dans les premières écoles de filles au Siam…
Au centre de détention, pour fêter Noël, nous avons pu organiser, avec mes collègues prof et avec des étudiants, une rencontre de prière. 150 détenus y ont  participé. J’ai surtout apprécié la contribution des Vietnamiens, Nord-coréens, Philippins, Tamouls, Congolais et Nigériens : tous ont chanté et prié dans leur langue, en union avec tous les leurs, dont ils sont séparés.  Puis, nous avons pu pénétrer dans toutes les cellules, serrer la main aux 1 500 détenus actuellement enfermés au centre, remettre à chacun quelques cadeaux, tandis que des amis chantaient Noël.
En avril, ce sera mon 17ème voyage en France avec des étudiants thaïs.  D’avance, je remercie les familles d’accueil.  Ce sera comme chaque année une occasion de vous rencontrer… dans la mesure ou le toubib ne me gardera pas à l’hôpital Saint-Antoine !…

Bernard Wirth,  o.m.i.

ANTOINE AU SÉNÉGAL

Au cours de leur formation première, les jeunes Oblats qui souhaitent être ordonnés prêtres doivent faire un « stage diaconal ».  Antoine fait actuellement son stage au Sénégal.  Il raconte.

Je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’on m’envoie faire mon stage en Afrique.  Une surprise, une joie.  Enzo, que je connaissais déjà, et André sont venus me chercher à ma descente d’avion.  Dans la chambre qu’ils avaient fait repeindre pour moi, un bouquet de fleurs multicolores était posé sur la table.  Le lendemain, à la messe, les frères m’ont présenté à l’assemblée.  Puis j’ai dit la raison de ma venue et qui j’étais : un Hmong, né au Laos, de nationalité française, dont les parents sont en Guyane…  L’accueil que j’ai reçu de la part de tous a été très chaleureux.
On m’a fait découvrir Dakar et ses banlieues : une ville qui ressemble à toutes les mégapoles, mais avec des travaux partout (la ville est en perpétuelle construction), du sable partout, des troupeaux de moutons, de bœufs et de chèvres partout, et des égouts à ciel ouvert.  L’air est irrespirable.
Le Sénégal est un pays à majorité musulmane.  Il est inévitable que le groupe majoritaire soit avantagé.  Mais j’ai découvert une grande tolérance et une fraternité assez exceptionnelle.  Un grand respect de l’autre : la Toussaint, Noël et Pâques sont des jours fériés.  A la télé, on parle aussi du christianisme.  Et de nombreux musulmans se rendent en pèlerinage à Popenguine, sanctuaire marial.
Quelqu’un qui vient de l’extérieur est frappé par la vivacité, la ferveur et le dynamisme de l’Eglise du Sénégal.  Les chrétiens sont joyeux et fiers de leur identité chrétienne : ils prient, ils chantent et ils dansent dans des églises pleines à craquer.  Chaque messe est une fête, où personne ne s’ennuie.
Qui rencontre-t-on dans les églises ?  Des avocats, des professeurs, des médecins, des infirmières.. mais aussi une majorité de gens simples et ordinaires.  Beaucoup n’ont même pas de quoi manger trois fois par jour.  Pourtant, ils donnent et partagent généreusement le peu qu’ils ont.
Qu’est-ce qui a amené les Oblats au Sénégal ? - La fin de la mission au Laos.  Quand ils ont été chassés du Laos, en 1975, certains des Oblats italiens qui s’y trouvaient se sont resitués au Sénégal.  Et l’évêque qui les avait fait venir les a envoyés dans la banlieue de Dakar.
Il y a maintenant 25 Oblats au Sénégal, présents à Dakar, mais aussi en province et dans d’autres diocèses, regroupés en petites communautés de deux ou trois.  La moitié est issue du pays.  Certains sont partis en mission à l’étranger, par exemple en Guinée-Bissau.  Un autre projet d’ouverture de mission reste en attente, faute de personnel suffisant.
Personnellement, je m’acquitte de mon ministère de diacre dans la paroisse oblate de Dakar.  Et je donne en outre des cours à l’inter-noviciat : aux novices religieuses.  J’essaie de les initier aux évangiles synoptiques et aux lettres de saint Paul.  La préparation de ces cours me prend beaucoup de temps.
Voilà où j’en suis en ce début de stage.  C’est passionnant.

Antoine Tchy Yang,  o.m.i.

 

ILS SONT FOUS…

Quelle folie que de donner sa vie par amour !  Alfonso a été bouleversé par l’assassinat d’un Oblat aux Philippines.  Il se demande ce qui pousse des hommes à prendre de tels risques : quelle folie !

L’an 2008 a commencé par un nouvel assassinat de missionnaire : un Philippin de 54 ans.  Ceux à qui Reynaldo Roda annonçait la Bonne Nouvelle, il les « aimait à mourir », comme le chante Francis Cabrel.
Nous avons besoin de ces fous, qui aiment jusqu’à donner leur vie, partout dans le monde, dans le respect de toutes les races, de toutes les cultures, de toutes les autres religions.
Oui, Seigneur, c’est de ces fous que notre monde a le plus besoin aujourd’hui.
Alfonso Bartolotta,  o.m.i.

OBLATS EN FRANCE  -   COMMENT ?

C’est la question que se sont posée 103 Oblats de France, réunis en assemblée générale, fin février, non loin d’Aix en Provence, berceau de la congrégation.


Nous étions 103, dans la joie des retrouvailles.  Dispersés habituellement ‘aux quatre coins de l’hexagone’, nous ne nous rencontrons pas tous les jours…
Nous voulions, selon les termes de notre Règle, échanger ‘observations’, ‘avis’ et ‘suggestions’, débattre de l’avenir de notre mission en France.  C’était d’autant plus nécessaire qu’un nouveau supérieur des Oblats de France vient d’être nommé, en la personne d’Yves Chalvet de Récy.  Il prendra ses fonctions le 25 mai, quand ses conseillers auront également été nommés par notre Supérieur général.
Qui était là, outre ces 103 ?  -  Des ‘laïcs associés’, des représentants des Oblats d’Europe centrale, d’Italie et de la Délégation polonaise du Bénélux, ‘Chicho’, conseiller du supérieur général et délégué par lui ; et aussi l’évêque de Marseille et donc successeur de notre Fondateur.  A ce dernier on avait demandé ce qu’un évêque de France attendait d’une congrégation comme la nôtre.
Dans un monde qui change si rapidement, vous imaginez bien que les problèmes à débattre n’ont pas manqué.  Et que tout le monde n’était pas du même avis !  Faut-il donner la priorité à la mission auprès des jeunes ?  Comment ?  Ou à la présence dans les banlieues ?  Comment ?  Ou à l’évangélisation par les médias ?  Comment ?  Faut-il s’ouvrir davantage à l’Europe ?  Avoir des maisons de formation communes avec d’autres pays voisins ?  Etc.
Quant aux structures, convient-il qu’un ‘vicaire provincial’ s’occupe principalement des plus anciens parmi nous ?  Depuis six ans, leur nombre a commencé à diminuer, mais il sont encore très nombreux, surtout les plus âgés.
Faudra-t-il qu’Yves ait six conseillers (c’était le nombre jusqu’à présent) ou seulement quatre ?   Etc., etc.
Par ailleurs, ce qui ne gâchait rien, l’organisation de la rencontre a été parfaite.  Et les temps de prière commune remarquables.
Bref, nous avons eu une belle et très utile assemblée.

André Grimonpont,  o.m.i

 

JACQUES EN INDONÉSIE

Fin 2007, Marie Chapuis est allée rendre visite à son frère Jacques.  Elle raconte.

Je vis actuellement une expérience unique.  Arrivée le 6 novembre dans la paroisse de Nanga Sepauk j’y reste jusqu’à Noël avec Jacques et avec ses deux confrères indonésiens : Eko et Widi.
« Reste » est une façon de parler, car la paroisse comprend 86 villages, qui s’étirent sur 90 km le long de la rivière Sepauk.

Dès le lendemain de mon arrivée, je recevais le « baptême » de la moto, qui est le moyen de transport le plus utilisé, et celui de la route, inimaginable pour un Français : en terre, pleine de trous et de bosses, boueuse et glissante.  Il arrive même que la moto ne puisse passer, par exemple sur un pont inondé, recouvert de plusieurs dizaines de centimètres d’eau.  On charge alors la moto dans un bateau à moteur, qui prend le relais pour les passages les plus délicats.
J’accompagne Jacques dans ses déplacements : pour une veillée de prière et de chants, la messe, des baptêmes, mariages ou préparation au mariage, formation des laïcs   […]
Marie, sœur de Jacques Chapuis,  o.m.i

ROBERTO AU BRÉSIL

Roberto nous a dit qu’il travaillait désormais dans la formation.  Après 38 ans d’Amazonie, il a fait « le grand saut » : il se retrouve dans la banlieue de São Paulo, à 3 000 km de là !  Il nous raconte ici un peu de ce que vivent les jeunes dont il a la charge.
La vie en communauté est un véritable défi pour ces jeunes qui vivent à une époque où l’individualisme et l’hédonisme règnent en maîtres. La vie religieuse est une vie à contre-courant.
Alors que d’autres jeunes profitent des fins de semaine pour sortir avec leur copine, pour passer la nuit à danser ou pour faire du sport, nos futurs religieux se mettent au service des pauvres et de la mission.  Il faut y croire !
Je dois avouer que j’ai été agréablement surpris par l’enthousiasme missionnaire de ces garçons.  Si on doit les secouer pour balayer la maison ou faire la vaisselle, on n’a pas besoin de les stimuler à sortir pour le travail pastoral.
Nous essayons de faire un travail missionnaire basé essentiellement sur les visites à domicile. Notre paroisse compte environ 65 000 habitants.  Nous y avons onze communautés catholiques, malheureusement un peu trop refermées sur elles-mêmes.  On est loin des ‘communautés de base’ de Belém, qui étaient beaucoup plus ouvertes sur le monde.  Nous essayons de les aider à retrouver l’esprit missionnaire.   […]
Nous sommes affrontés à de sérieux problèmes :
-   L’alcoolisme  Beaucoup de familles sont brisées á cause de ce vice qui est de plus en plus fréquent.  Que faire ?

  1. La drogue  Les trafiquants font la loi. Ils ont tout un réseau de vente, se servant même des enfants de 10 à 12 ans, et le client qui ne paye pas est condamné à mort. Il n’y a pas de pardon. Les jeunes volent pour payer, même les biens de la famille, une télévision, une bicyclette... jusqu’à la cocotte minute !  Que faire ?
  2. La dépression nerveuse  Impressionnant le nombre d’hommes et de femmes qui souffrent de ce mal. Et chez les jeunes cette plaie entraîne au suicide. Que d’heures on passe à écouter, à essayer de remonter le moral.

-   Sans parler de tout le reste : les graves problèmes d’éducation, de manque d’habitation, de chômage, de manque de soins de santé...
Et nous n’avons plus nos petites ‘communautés de base’ pour se pencher sur ces problèmes.  Beaucoup de nos bons catholiques se réfugient dans la prière et oublient leurs frères souffrants ou absents.
Voilà que nous essayons de changer avec l’aide de nos jeunes futurs oblats, qui sont très conscients de cette urgence : unir prière et travail. C’est une spiritualité monastique bien ancienne qu’il nous faut retravailler dans un contexte tout moderne et missionnaire.
Nous restons, bien entendu, unis dans la prière
Robert de Valicourt  o.m.i.

 

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Audacieux pour l’Evangile est, pour des Oblats en France,
un moyen de dire ce qui les passionne,
quel regard ils portent sur le monde et sur leur propre vie…

Secrétaire de rédaction
André Grimonpont, o.m.i.
25 rue du Cdt Jean-Duhail
94120 FONTENAY sous BOIS

Compte Postal : « Oblats Fontenay 25 »
Courriel : fontenay.accueil@orange.fr

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